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L’ésotérisme en Islam est un sujet tellement vaste
qu’il n’est pas possible de le présenter ou même l’esquisser en une
seule causerie. Je vais toutefois essayer d’esquisser certains de ses grands
courants ésotériques qui ont dominés les premiers siècles de son existence.
En effet l’Islam est par définition la religion du LIVRE, religion qui se
considère Abrahamique, tel qu’elle est décrite dans ses moindres détails
dans le CORAN, mot qui dérive de « kiraat », lecture.
Le Coran fait mention 81 fois du nom d’Abraham qui
reprend dans la Soura 37 la légende d’Abraham telle qu’elle est décrite
dans la Bible et il est dit dans la Soura 3, Verset 67 : « Abraham n’était
ni Juif ni Chrétien, Il était entièrement soumis à Allah et Musulman. Et il
n’était point du nombre des Associateurs » (qui associe Dieu à
d’autres divinités). L’Islam ne possède pas une Eglise. Il n’y a pas en
Islam, de clergé détenteur des moyens de grâce, celle-ci étant dispensée
directement par Dieu. Aussi aucune autorité
infaillible d’instance suprême, et aussi un Concile définissant les dogmes
ne sont admis dans la hiérarchie religieuse. La vie du croyant doit se
conformer suivant les enseignements énoncés dans le LIVRE. C’est au Dieu,
ALLAH, de juger et de pardonner, car il est dit qu’il est miséricordieux. (
1 ).
Pour l’Islam la prophétie est arrivé à sa fin
puisque Mohammed est considéré le dernier des prophètes et le Coran la dernière
révélation. Puisqu’il n’y a que le Coran qui comprend tout le corpus
spirituel, éthique, philosophique, métaphysique et de jurisprudence qui gère
la vie humaine sur terre et dans l’au delà, chacun de ses versets serait
l’objet d’une exégèse soit exotérique soit ésotérique. En effet les
propos suivants du quatrième Khaliphe ALI, Ali ibn Abu Talib, (40/661) qui est
aussi le premier IMAM des CHIITE’s illustrent cette hypothèse :
« Il n’est point de verset corânique qui
n’ait quatre sens : L’exotérique (zahir), l’ésotérique (bâtin),
la limite (hadd), le projet divin (mutttala). L’exotérique est pour la récitation
orale ; l’ésotérique est pour la compréhension intérieure ; la
limite, ce sont les énoncés statuant le licite de l’illicite ; le
projet divin, c’est ce que Dieu se propose de réaliser dans l’homme par
chaque verset. »
C’est sur la montagne de Hera qu’un soir, le 17 du
mois de Ramadan en l’année 610 que Muhammad fut réveillé par l’Ange
Gabriel qui lui dit que Dieu l’avais choisi pour recevoir les paroles saintes
qu’il devrait prêcher. L’Ange Gabriel lui aurait dit trois fois « Lis ! ».
Toutefois l’avènement de la religion Islamique a eu lieu en l’an 622 quand
Muhammad quitte la Mecque pour s’installer à Médine.
Le Coran, tel qu’il est connu de nos jours, est
divisé en Chapitres qu’on nomme « Soura’s », et ceux-ci en
Versets qui sont numérotés. Le Coran contient 114 Souras aux nombres de
Versets variables. On remarque aussi deux rédactions différentes parmi les
Souras, soit qu’elles proviennent de la période Mecquoise, soit de la période
Médinoise. La seconde Soura
contient 286 versets et la dernière, soit la 114’éme, seulement 6. La
première Soura avec 7 versets, fait exception car elle
déclare l’article de foie de l’Islam, que tout croyant doit
prononcer avant une prière. C’est la Fatiha.
« Besm ellah el Rahman el Rahim“
soit: „Au nom de Dieu, clément et miséricordieux“
Cette phrase est le pendant du signe de Croix pour le
Christianisme.
Muhammad ne désigna pas de successeur pour lui succéder
à la tête du nouvel état musulman qu’il avait conquis et aussi comme chef
spirituel des croyants. Ses proches renièrent la succession héréditaire qui
devait échoir à Ali, son cousin et gendre. Celle-ci échut successivement à
ses proches compagnons qui furent dénommés KHALIFES, soit littéralement
successeur. Les quatre premiers Khalifes qui furent dénommés ‘les biens
dirigés’ furent Ebu Bekir (régna 2 ans), Omar (10 ans), Osman (Uthman) (10
ans) et enfin Ali (5 ans), dont les tris derniers moururent assassinés.
( 2 )
Le Khalife Muawiye de la familles des EMEVI (les
Umayyades), ennemi des Khureish dont Ali était le représentant, ne se consola
qu’après avoir anéanti la famille de Ali. Ainsi, le 10 de Muharrem, soit le
10 Octobre 680, le fils de Muawiye, Yezid embusqua la famille de Ali près de la
ville de Kerbela en Irak et massacra tous ainsi que ses fils Huseyin et Hasan.
Seulement le plus jeune fils de Huseyin, Ali, qui malade était couché dans un
coin d’une tente échappa au massacre et pu raconter les faits. Cet acte fut
la conclusion du grand schisme et les adeptes de Ali se rassemblèrent en un
parti de Ali et se nommèrent les « SHIATU ALI » soit le parti de
Ali tandis que les adeptes de Muawiye se nommèrent les « SUNNIS »
soit fidèles à la pratique littérale du Prophète tel que le déclare le
Coran, (33 : 21) : « Vous avez dans le prophète de Dieu un bel
exemple... ». (
3 )
La lecture du Coran est une lecture fastidieuse car il
n’y a aucune continuité dans le développement des sujets traités soit dans
l’ensemble soit dans les Souras et aussi les répétitions sont nombreuses. Le
cours de la prophétie dans l’histoire de l’humanité est illustré dans le
contexte principalement Mosaique, par la lignée des prophètes qui auraient prêchés
la croyance en un Dieu Unique en commençant par Abraham, Ismaél, Moise et
Jesus, auxquels sont ajoutés Adam, Seth et David. A cet effet il ne fait pas de
doute que principalement les tribus Juives et accessoirement Chrétiennes qui
s’étaient établies depuis longtemps dans le Hedjaz ainsi que le Zoroastrisme
ait eu une influence majeure dans le développement de la pensée en un Dieu
unique, en opposition à l’idolâtrie qui régnait dans cette région. De
nombreuses Souras retracent les épisodes décrites dans l’Ancien Testament
dont les 10 commandements (Sourates 7 : 145 et 17 : 22-37),
l’histoire de Moise, l’échelle de Jacob reprise dans l’épisode du
‘MIRAJ’ soit le Voyage Nocturne, etc…( 4 )
Le Coran déclarait que Muhammad était le dernier des
prophètes et que son contenu est divin et aussi immuable et dont les préceptes
et enseignements devrait être suivis dans
leurs sens littéral. C’était et c’est la base de l’enseignement Sunnite.
Toute autre manière d’interpréter ou de spéculer au sujet des enseignements
du Coran étant considérés hérétiques, tandis que le cas est tout différent
pour le Shiisme qui attribut à l’Imam le pouvoir d’intercéder entre Dieu
et les croyants.
Le courant le plus important de la théologie
musulmane sunnite, soit le kalam, qui appuyait sur une argumentation rationnelle
dialectique fut le ‘MUTAZILLISME’, les Séparés, école fondée par Wasil
ibn Ata (ob. 748), en opposition avec son maître Hasan Basri (ob. 728) sur la
question des pêchés graves. Cette pensé religieuse spéculative de première
importance, fut développé à Basra et triompha au IXe siècle sous le khalifat
de Ma’mûn en 827. La doctrine mutazillite se résume en cinq thèses dont la
première et la plus importante est celle relative à l’Unicité de
l’Essence Divine, soit Dieu. Les mutazillites récusent toute sorte
d’attributs à Dieu car le nombre d’attributs possible étant infini, on
serait en présence d’une multiplicité de Divinités. De même le Coran ne
pourrait pas être considéré de nature divine comme on veut l’affirmer car
on se retrouverait en présence de deux Divinités au lieu d’une seule comme
l’affirme le Coran. Sourate 112 : 1-4 :
« 1. Dis ! Dieu est un.
« 2. C’est le Dieu à qui tous les êtres
s’adressent dans leurs cœur,
« 3. Il n’a point enfant é et n’a
point été enfanté,
« 4. Il n’a point d’égal. »
Dans le même sens Al-Ashari, qui fut d’abord un
adepte des mutazillites, et qui plus tard renia cette doctrine, expose comme
suit la conception mutazillite du tawhid, soit l’Unicité de la Divinité :
« Dieu est unique, nul n’est semblable à
lui`il n’est ni corps, ni individu, ni substance, ni accident. Il est au-delà
du temps. Il ne peut habiter dans un lieu ou dans un être`il n’est l’objet
d’aucun des attributs ou des qualifications créaturelles. Il n’est ni
conditionné ni déterminé, ni engendrant ni engendré. Il est au-delà de la
perception des sens. Les yeux ne le voient pas, le regard ne l’atteint pas,
les imaginations ne le comprennent pas. Il est une chose, mais non comme les
autres choses ; il est omniscient, tout puissant, mais son omniscience et
sa toute puissance ne sont comparables à rien de créé. Il a créé le monde
sans un archétype préétabli et sans auxiliaires. ».
Les cinq thèses du mutazillisme sont :
1-
L’unicité divine de Dieu qui n’aurait aucun attribut, puisque à
chaque attribut il faudrait attribuer une part de la divinité qui ne serait
plus alors unique. Il en résulte que le Coran n’est pas divin, il a été créé.
2-
La justice de Dieu (adl=adalet), soit liberté et responsabilité de
l’individu.
3-
Que le sort de l’homme dépend de ses actes.
4-
L’état intermédiaire de la croyance chez l’homme entre le statut de
croyant et de celui d’impie voué dans l’au-delà à l’enfer.
5-
L’impératif moral de commander le bien par tous les moyens et en
interdire le mal.
Ces thèses furent fortement opposées par les adeptes
de la lecture littérale du Coran et des enseignements des hadiths, dont la tête
de file fut Ibn Hanbal qui est l’auteur de la jurisprudence islamique la plus
stricte, le Hanbalisme, aujourd’hui appliquée en Arabie Séoudite. C’est
alors que Abu al-Hasan al-Achari (mort en 935), qui était un des principaux
adeptes du mutazillisme dont il prônait la doctrine, décida un jour de renier
ces thèses et énonça une voie médiane dans laquelle Dieu pourrait avoir
divers attributs et même des mains, un visage etc.. tout comme il est dit dans
le Coran et les hadiths et serait aussi visible à l’homme dans l’au-delà.
Dieu est juste et sage dans tout ce qu’il veut et fait, soit toutes actions
bonnes ou mauvaises. Quant au pécheur, il reste croyant et Dieu peut le
pardonner. Pour le Coran, il est incréé puisqu’il est la parole divine et
quant à son expression c’est la seule qui soit créé. L’Acharisme qui représentait
une idéologie médiane tout en s’appuyant sur l’orthodoxie, fut adoptée
par les Selchoukides sous la direction du fameux Vezir Nizam’ul Mulk et devint
la base fondamentale du sunnisme pratiqué par la majorité des Musulmans.
Tandis que le Sunnisme qui prônait la lecture littérale
du Coran en défendant à ses adeptes toute sorte d’interprétations de son
contenu, le Shiisme, avec sa lignée d’Imams investis du droit suprême, donna
naissance à de nombreuses sectes schismatique à la suite de la guerre de
Siffin et dont l’un des adhérents assassina Ali. Le second eut lieu en 765 à
la suite des controverses survenues pour la succession à la mort du sixième
Imam Jafar al-Sadiq. Les adeptes de Ismail, fils de ce dernier et mort avant lui
fondèrent la secte des ISMAELITES, en proclamant l’occultation du septième
Imam. On nomme les adeptes d’Ismail les Septimananiens, Ali étant considéré
être le premier Imam. La branche
principale du Shiisme continua avec la nomination d’un autre fils de Jafar
al-Sadiq, Musa Kazêm qui devint le septième Imam dont la succession continua
jusqu’au douzième, après quoi le treizième Imam à nouveau fut considéré
occulté, ce qui termina la lignée des grand Imams. Les Shiites fidèles aux 12
Imams dénommés les duodécimains représentent la majorité, dont les Iraniens
et la majorité des Irakiens. Au IXe siècle la pratique du culte Ismaélien
s’étendait de l’Egypte au Pakistan et au Yemen grâce à Abd-Allah
l’Ancien qui se mit à prêcher en missionnaire. Un autre chef des Ismaéliens,
aussi nommé Abd-Allah se déclara MEHDI, soit l’Imam occulté retourné sur
terre en tant que Messie. Il fonda le khalifat Fatimide qui occupa toute
l’Afrique du nord et influença par la suite la civilisation Arabe en Espagne.
( 5 )
Une autre secte importante dérivée de l’Ismailisme
est celle des Nizariens, toujours fondée à la suite d’un différent
concernant la procédure de succession de l’Imam. Cette secte est fameuse en
tant que celle des Assassins et dont les survivants forment une petite communauté
aux Indes et dont le chef actuel est l’Aga Han.
( 6 )
Les courants ésotériques en Islam ont suivis deux
voies différentes, dont le mysticisme et le ‘bâtin’ soit l’exégète du
sens caché des Versets du Coran. Tandis que le Sunnisme condamne toute sorte
d’exégète ésotérique, les Ismaélites et particulièrement les Nizaris,
toujours fidèles au Coran, et se basant sur le Verset 7 de la Soura 3 déclarant :
« il s’y trouve des versets sans équivoque, qui sont la base du Livre,
et d’autres versets qui peuvent prêter à d’interprétations diverses »
ont développé une tradition ésotérique de grande valeur.
Hassan Sabbah s’installa avec ses adeptes sur le
Mont Alamut au nord de l’Iran en 1090 et adopta l’Ismailisme Nizarien en
1094. Cette secte dénommée ‘ASSASSINS’, mot dérivé de ‘Hashishin’
qui lui fut attribué par Marco Polo, possédait quelques châteaux forts sur
des montagnes imprenables et semait aussi la crainte au Moyen Orient par les
assassinats politiques de personnalités ennemies dont les plus célèbres
furent le Vezir Selchoukide Nizam’ul Mulk, un Khalife Fatimide, Raymond de
Tripoli et Conrad de Montferrat, roi de Tyre. Pourtant leurs chefs et
commandeurs, dont certains ont pris le titre d’Imam, ainsi que les autres maîtres
avaient une culture très développées et possédaient une bibliothèque
prestigieuse dont des traités de mathématique, d’astronomie (ils possédaient
un observatoire), d’alchimie et toute autre science ésotérique ainsi que des
commentaires du Coran. Malheureusement elle fut entièrement détruite par
Hulagu, le chef de guerre Mongol qui mis fin au règne des Assassins sur le mont
Alamuut en 1256. (
7 )
Pour la conversion des adeptes à leur cause, la secte
des Nizaris utilisait une argumentation subtile pour ébranler la foie des
croyants à la lecture littéraire du Coran, en leur présentant le véritable
sens par des prédicateurs, les DAI’s, formés à la gnose Ismaélite.
L’argumentation des DAI’s était basée sur quelques passages du Coran dont
certains étaient repris de la Bible tel que la Chute d’Adam du Paradis, légende
de compréhension facile et aussi connue par tous les croyants.
Afin de donner un exemple
d’argumentation proféré par les Ismailites suivons le raisonnement présenté
par les DAI’s au sujet du Péché Originel et le renvoi d’Adam et d’Eve du
Paradis.
Le Dai demande: “Si l’Arbre
était bon, puisqu’il se trouve dans le Paradis, pourquoi le Bon Dieu aurait défendu
Adam de manger son fruit; et contrairement, si l’arbre était néfaste, alors
pourquoi Dieu voudrait-t-il qu’il soit là? Pourquoi Adam aurait-t-il eut la
liberté de se promener dans tout le jardin du Paradis tandis qu’il lui fut défendu
de manger le fruit de l’arbre? Ne serait-t-il pas mieux que l’Arbre ne fut
pas planté là bas, étant donné que Dieu savait depuis toujours qu’il
serait l’objet du malheur d’Adam?”
Et toujours une autre question:
“Pourquoi le Bon Dieu n’accepta pas les descendants d’Adam au Paradis,
alors que ceux-ci n’étaient accusés d’aucun mal? Pourquoi les punir pour
la faute d’un autre?” Et le DAI enchaînant: On pourrait aussi avancer cet
argument, soit: “Que le Bon Dieu savait d’avance que ces gens ne seraient
pas digne du Paradis n’a pas de sens. Car sachant aussi d’avance qu’Adam
allait agir de la sorte, pourquoi ne pas le traiter comme l’a été ses
descendants et ne pas le recevoir au Paradis dès le début?”
Après avoir écouté pareille
argumentation la croyance du récipiendaire est ébranlée. Quand son
interlocuteur ne sait quoi répondre c’est alors que le Dai lui donne les deux
explications suivantes qui feraient de lui un converti dans le credo Ismaélite.
:
Le DAI explique “L’arbre
aurait deux caractères, l’un bon et l’autre mauvais. Le bon serait la vraie
connaissance, soit “ILMI HAKIK” qui ne devrait pas être divulguée aux
personnes non qualifiées. Il représente alors l’Arbre de l’immortalité décrit
dans le Coran que l’on atteindrait par la connaissance et fidélité à
l’Imam. Certains acceptent que l’Arbre représente la vraie connaissance
absolue et d’autres que l’Arbre est le Credo (WASI) d’Adam qui lui donne
l’interprétation exotérique de sa croyance religieuse soit la SHARIA -
Sheriat.
Iblis (le Diable), qui se présente
en tant que converti en puissance, parvint à obtenir d’Adam la connaissance
secrète et aussi l’identité de l’héritier spirituel d’Adam. Apprenant
que celui-ci est ABEL il sème la discorde entre les deux frères, Cain et Abel,
en rendant Cain jaloux de ne pas avoir aussi reçu l’héritage spirituel.
C’est cette discorde qui enfin de compte se termina par le meurtre d’Abel.
Il est dit: « Il le tua d’abord dans le sens spirituel et puis dans son
essence humaine. »
L’explication de ce malheur est
la suivante: “Iblis, le Diable est l’Arbre auquel il a été défendu de
divulguer à Adam la vrai connaissance secrète. Et pourquoi donc l’Arbre qui
représente le mal se trouve-t-il dans le Paradis? « Par ce que
IBLIS-ARBRE était un DAI d’un certain rang qui fut destitué à cause de son
arrogance et sa rébellion. »
Et enfin la raison pour laquelle
les descendants d’Adam se retrouvent sur Terre: C’est qu’ils sont dans
l’ignorance totale et devraient donc passer par les divers degrés de
connaissance afin d’atteindre pour quelques rares initiés le Paradis soit la
connaissance totale. La raison qu’Adam
se trouvait au Paradis avant sa Chute est dû au fait qu’il faisait partie de
l’ancienne période de manifestation de la lignée des Imams “KASHF” (les
initiateurs) et aurait initié la nouvelle période d’occultation “SATR”.
Ainsi pour les Ismaélites Adam serait l’initiateur d’une nouvelle suite à
la période du “KASHF” (du mot “KESHIF” découverte de la vraie foie).
Quand les Mongols sous le
commandement de HULAGU entrèrent dans le château fort d’Alamut, ils étaient
accompagnés par un savant nommé ALAADDIN ATA MALIK JUWEYNI. Celui-ci persan
Sunnite, fut désigné pour étudier les documents et manuscrits de la fameuse
bibliothèque du château d’Alamut et préserver ceux qu’il considérerait
être de valeur pour la foie Sunnite, puis brûler le reste. Cette fonction fut
observée avec minutie. Parmi les manuscrits qui furent préservés il y avait
une autobiographie de Hassan Sabbah dénommée “SAR-GUZASSHT-I-SAYYIDNA”
(Les Aventures de Notre Seigneur) et quelques Corans. Tous les manuscrits ayant
trait à la pensé Ismaélite et Nizarienne furent détruits par les flammes
puisque considérés représenter la croyance hérétique. ( 8 )
Contrairement à la pratique
orthodoxe de toutes les grandes religions qui prescrivent l’observation des
rites dans leur lecture littérale, les Ismaeliens considéraient
l’observation et l’application du culte par des enseignements initiatiques.
Les croyants recevaient la connaissance par des degrés d’initiation de neuf
degrés. Le chiffre de neuf ayant été adopté probablement en se référant
aux neuf sphères célestes. Les Dai’s qui étaient chargés de prosélytisme
étaient possesseurs d’une initiation du septième ou huitième degré.
L’initiation se référait à la connaissance de
l’exégète et de l’ésotérisme dans le Coran. Les enseignements transmis
se divisaient comme suit :
Premier degré : Ce sont les adeptes dont la croyance aux idées
conventionnelles a été ébranlée.
Second degré : Les adeptes reçoivent l’enseignement que la voie
vers Dieu n’est pas possible
seulement par l’observations des préceptes de l’Islam mais par la Doctrine
cachée (la bâtin),
Troisième degré : Les adeptes reçoivent les enseignements
relatifs à la lignée des Imams et Aussi le sens du nombre Sept, qui est le
nombre des Imams.
Quatrième degré : Les adeptes reçoivent les enseignements
relatifs à la prophétie des Imams et de l’Imam occulté,
Cinquième degré : Les adeptes reçoivent les enseignements
concernant le symbolisme des nombres et aussi l’inutilité de certaines
traditions religieuses,
Sixième degré : Les adeptes reçoivent les enseignements
concernant le sens allégorique des rites religieux,
Septième degré : C’est le premier degré d’initiation des
DAI’s, qui apprennent la signification réelle de la doctrine Ismaélite,
Huitième degré : L’enseignement précédent est encore plus élaboré
et le DAI apprend qu’il y a une Entité sans Nom au dessus du Préexistant et
du Prochain, sans Attributs et de
qui rien ne pourrait être prédit et auquel on ne pourrait pas dédier un
culte,
Neuvième degré : C’est le dernier degré de l’initiation dans
lequel toute sorte de vestiges relatifs à la religion dogmatique ont été
supprimés.
Les Ismaeliens se servirent de la
philosophie Néoplatonicienne pour expliquer la spéculation ésotérique
qu’ils avaient élaborée à partir de l’enseignement coranique. Le Néoplatonisme
qui est une version du Platonisme développé par Plutonius en Alexandrie au
milieu du IIIe siècle se compose d’une structure de quatre principes
fondamentaux :
-
Le premier, est le ‘principe de
l’unité systématisante’ qui enseigne que toute multiplicité suppose une
unité qui lui donne sa structure et que l’univers entier constitue un système
admettant un principe unique par rapport auquel il s’ordonne et s’organise,
-
Le deuxième est le ‘principe
de la transcendance’, qui enseigne que toute unité transcendant la
multiplicité dans un univers qui n’est plus qu’un système hiérarchisé,
-
La troisième est le ‘principe
d’immanence’ qui pose que toute multiplicité est contenue en quelque manière
dans l’unité qui la transcende,
-
Le quatrième principe est le
‘principe de la conversion’ qui implique le retour de chaque réalité à
l’unité dont elle est issue.
Cette école était active en 641
quand les Arabes occupèrent Alexandrie et puis en 720 cette école se transféra
à Antioche et vers 900 à Bagdad. C’est ainsi que les penseurs Arabes furent
au contact de la philosophie Néoplatonicienne et furent fortement influencés
par elle dont le concept le plus important est celui des EMANATION’s, concept
qui prévoit un Univers formé d’une hiérarchie d’étages de manifestations
conçu par l’Unique. De ces manifestations, la plus haute de consistance est
éthérée et la plus basse étant le monde matériel. Cette conception contient
aussi le retour vers l’Unique, car le désir de toutes créatures terrestres
est de tendre vers l’Unique, d’où elles sont issues. Le biographe de
Plotinius, Porphyre raconte que Plotinius aurait atteint de nombreuses fois
‘le retour ver l’Unique’ dans le courant des six ans qu’il l’ait
connu. Cet état dénommé par le philosophe W.T.Stace un état d’expérience
Mystique introvertive, condition dans laquelle toute sorte de perception de
stimulations extérieures est occultée, et puis toute sorte d’images mentales
effacées et en fin de compte toute sorte d’activité mentale est arrêtée.
Cependant l’état de conscience est en éveil, ainsi la personne est éveillée,
mais ne peut expérimenter rien du tout. C’est l’état de pure connaissance
de l’Unique. C’est ce schéma inspiré par les philosophes al-Farabi et ibn
Sina (Avicenne pour l’occident) qui a inspiré principalement la philosophie
islamique du chiisme, de l’ismaélisme et aussi avec quelques ajoutes le
soufisme dont la théorie du ‘vahdeti vucut’ soit l’unicité de l’être.
La cosmogénie de l’Ismaélisme
comporte une hiérarchie de six Emanations ou Créations et à la tête, Une
Intelligences qui se trouve être Dieu, le UN indépendant des Emanations dont
il est totalement impossible de le concevoir par n’importe quelle créature.
Ainsi que Plotinius l’aurait défini dans ‘Ennéades’, « Il ne faut
pas craindre de poser un acte premier sans substance, mais il faut considérer
alors qu’il est, en quelque sorte, son propre sujet. » C’est la source de toute création dont nous ne pouvons pas
expliquer comment elle a eu lieu, pourtant nous acceptons qu’elle a eu lieu,
dont à l’origine se trouve ‘LA PREMİERE INTELLIGENCE’ qui est la
‘PAROLE’ reflet de l’UN. Les
six Emanations sont habitées à tour de rôle par 6 Archanges dont le troisième
en rang est Adam, l’ADAM RUHANI, qui est caractérisé par son essence sacrée,
le créateurs de nombreux Adam’s, au caractéristiques que nous connaissons.
Le caractère narcissique d’Adam et son désir de s’accaparer de la
connaissance (l’arbre de la connaissance-la pomme) le relègue au dernier
rang. Celui-ci essaye de remonter les 6 rangs pour se remettre dans sa position
initiale. C’est ainsi que pour chaque rang dans l’histoire de l’humanité
de nouveaux prophètes arrivent et qui initient la descendance d’Adam à
monter de rang. Le premier est Moise. A la suite d’une longue période arrive
Jésus qui remplace Moise pour passer à un rang au dessus et puis en dernier
lieu Mohammed. C’est le dernier des prophètes et il n’y en aura plus de
nouveaux. La fin de la religion arrive avec la GRANDE RESURRECTION
“KIYAMA” où toute obligation d’actes de foi religieuse est abolie
et le peuple se retrouve uniquement face à la croyance de la première émanation
qui est l’UN et vers lequel il s’approche sans besoin d’intermédiaires et
de rites. Ce cycle se renouvelle par période de 7000 ans dont la date et
l’emplacement pour l’Humanité contemporaine se situe pendant le règne de
Hasan II à ALAMUT. Pour les Ismaéliens le chiffre 7 est le chiffre sacré qui
se base sur le nombre des 7 planètes alors connues, les sept sens etc…Aussi
il se base sur la numération des lettres arabes dont le « k »
(KAF), 20 et le « n » (NUN), 50 qui représentent la Commande Divine
de la Création, puisqu’il faut deux créatures par paire pour que la création
ait lieu. Le total de ces deux nombres est 70, soit 10 x 7, la clef du nombre
sacré.
Abu Ya’kub Sejestani, maître
penseur Ismaélien d’origine Persane qui vécut fin Xe siècle, commente la
Première et les 6 Créations dans son traité ‘Kashf al-Mahjub’ (Le Dévoilement
des Choses Cachées), comme suit, en 7 chapitres de 7 ‘Recherches’ :
1-
L’attestation de l’Unique, à
l’exclusion de toute sorte d’attributs, d’essence, de limite, de lieu, de
temps, de l’être et de l’antithèse des notions précédentes. En effet il
ne faut pas oublier que pour l’Islam, l’article de foi, qui domine toute
sorte d’exégèse et de spéculation soit Théosophiques ou philosophiques,
repose sur l’UNICITE DE DIEU, le ‘tawhid’. C’est aussi le cas de la pensé
Ismaélienne qui a essayé de définir par arguments logiques en quoi consiste
cette notion de l’Unicité. Dans la Septième Recherche du Chapitre traitant
de l’UN, Sejestani définit en fin de compte l’UN comme suit : « Le
Créateur est non-existant et non non-existant ; Il est non-limité et non
non-limité ; Il est non-qualifié et non non-qualifié ; Il est
non-dans-un-lieu et non non-dans-un-lieu ; Il est non-dans-le-temps et
non non-dans-le-temps ; Il est non-être et non non-être ».
2-
La Création Primordiale, de
l’Intelligence comme Impératif Divin en tant que ‘Parole’, le LOGOS, et
sa conjonction avec l’Ame qui est une réflexion de l’Unique, dont il reçoit
la Parole et la transmet à l’Ame, lors de la Création.
3-
La Seconde Création, la descente
de l’Ame en forme Humaine, Animale, Végétale, etc…
4-
La troisième Création, la
Nature et ses attributs,
5-
La Quatrième Création, la
formation des espèces animales et végétales, et la conservation dans leur être,
6-
La Cinquième Création, la manière
dont est rendue la mission prophétique des prophètes, ainsi que le sens
attribué au Mahdi, Seigneur de la Résurrection,
7-
La sixième Création. La Résurrection.
Il faut comprendre la Résurrection de l’Ame pendant l’acte d’exister,
Celle-ci ayant été initiée par la réapparition du Méhdi occulté, et à la
suite de laquelle toute contrainte de pratiques religieuses astreignantes
seraient abolies. En effet il est dit dans le Coran, (7 :157) « Il ôte
les liens et les carcans qui pesaient sur eux ». Cette prophétie se réalisa
deux siècles plus tard sur le mont Alamût quand elle fut initiée par Hasan
II, Commandeur des Nizaris, dont je vais présenter un court exposé un peu plus
bas.
Les concepts énoncés ci-haut,
peuvent se résumer comme suit :
Adam représente l’intelligence
vitale qui aurait créé le Monde et qui est appelé l’Adam Spirituel “Adam
Ruhani” par le fait qu’il était immatériel. Le Paradis est “le monde
immatériel préexistant dans lequel il se trouvait avec les autres sept
intelligences. L’aspect bénéfique de l’Arbre qu’Adam ne doit pas
approcher a le rang de la “Première Emanation”. Toutefois,
l’ambition et l’imagination morbide, pousse Adam à se rapprocher
vers la “Première Emanation”. Pourtant c’est de son Dieu “TALI”
qu’il aurait reçu l’ordre d’obéir au “SABIH” soit le Pré-existant
qui lui défendit l’offense en question. Adam aurait donc voulu imiter les
relations qu’avait son Dieu Tali avec Sabih, la “Première Emanation, en les
réduisant à celles qu’il avait avec le Tali soit son Dieu. Le fait qu’il
ait mangé de l’Arbre représente son ambition pour l’égalité de rang.
Ayant pêché il perdit son rang et sa pré-éminance sur les sept intelligences
et par conséquence fut matérialisé. Les sept intelligences seraient les Mots
“KALIMAT” du Coran représentés en Archanges. C’est à l’aide de ces
Mots que Adam supplia son Dieu le Tali, qui ayant entendu ceux-ci,
le renvoya à nouveau au Paradis mais à l’état matériel et c’est
ainsi qu’il eut une progéniture “DHURRIYA” qui l’imita. Celle-ci fut
mal conseillée dans l’arrogance et l’erreur. Iblis, le Diable qui est son
imagination corrompue et son ambition, chuta
du Paradis sur Terre à cause de ses mauvais conseils alors qu’il y était
avec Adam, et il fut le corrupteur
pendant toute l’Eternité. Parmi les descendants d’Adam ceux qui se
Repentirent remontèrent avec le temps vers le Paradis tandis que ceux qui
suivirent Iblis se perdirent avec lui dans les Enfers.
L’interprétation ci-dessus
diffère de la tradition Judéo-Chrétienne,
car Adam n’est plus considéré par les Ismaélites comme le premier Homme,
mais serait l’initiateur d’une nouvelle ère, suite aux
personnages qui auraient vécu pendant la période du “Kashf”
susmentionné. Il faut aussi noter les trois grades dans le niveau initiatique
Ismaélite, soit le “Mustajib” l’ignorant, le “Ta’lim” l’éducateur
et enfin le “Ta’yid” l’initié.
Pour l’Ismaélisme il y a deux
genres de temps; soit le temps historique que nous vivons quotidiennement et le
temps spirituel qui régit le temps des archanges. Afin qu’Adam puisse
progresser d’un rang il faut la venue d’un prophète pour qu’il
l’instruise. Le temps de sa venue correspond à une superposition entre les
deux temps celle-ci représentant une “journée” qui arrête le temps
spirituel. La dernière superposition des deux temps soit la dernière “journée”
est celle de la “KIYAMA al-KIYAMA” soit la Grande Résurrection pressentie
par les personnes présentes alors que Hassan II se déclarait ‘IMAM’ (soit
la réapparition de l’Imam Occulté) la proclama. Quand les deux temps ne se
superposent pas, le temps spirituel est occulté et la présence de
l’Emanation première ne se fait pas remarquer puisqu’elle même est occultée.
C’est ainsi que Hassan II en proclamant la “KIYAMA” se déclare l’Imam
occulté qui enfin se dévoile. En
proclamant la « Kiyama » toute sorte de pratiques religieuses furent
abolies et le croyant était considéré pouvoir se rapprocher d’Allah sans
avoir besoin de pratiques religieuses, seul avec sa conscience pure.( 9 )
Historiquement cet événement
eut lieu le 8 Août 1164 qui était le 17 de Ramadan pour marquer la fin des
contraintes religieuses soit de la “sharia”. Action sacrilège pour ce mois
de Ramadan Hassan demanda aux
adeptes de fêter cet événement avec joie et festins. La même proclamation
est transmise aux autres communautés appartenant aux Ismaélites qui le fêtèrent
aussi.
Pour revenir au SUNNISME, les Siras et les Hadiths
insistent continuellement que Muhammad n’était doté d’aucun attribut divin
et qu’il n’avait aucune différence avec le commun
des mortels, mais vénéré en tant que Prophète qui reçut les
enseignements du Seigneur par l’entremise de l’ange Gabriel. Toutefois dans
le Coran le Verset 1, de la Sourate No.17, AL-ISRA, soit le Voyage Nocturne, il
est dit :
« Gloire et Pureté à Celui qui de nuit, fit
voyager son Serviteur, de la Mosquée Al-Haram à la Mosquée Al-Aqsa dont Nous
avons béni l’âlentour, afin de lui faire voir certaines de Nos Merveilles.
C’est Lui qui est l’Audient, le Clairvoyant. » (
4 )
C’est ce Verset qui fut la confirmation de
l’authenticité du Voyage Nocturne du Prophète dénommé « MIRAJ »
au cours duquel Mohammad se rendit auprès du Seigneur. En effet une Nuit du
mois d’Octobre en 620, alors que le Prophète dormais dans une Mosquée près
de la Kaaba dans la Mecque, il fut enjoint dans son sommeil par l’Ange Gabriel
de monter un genre de cheval ailé nommé ELBORAK, et accompagné par lui, il
arrive à Jérusalem où il rencontra les divers Prophètes assemblés autour du
rocher sur lequel Abraham aurait essayé d’immoler son fils, et à la suite
d’une prière récitée avec les présents, il monta vers le huitième Ciel où
il rencontra le Seigneur après avoir traversé les sept Cieux en visitant dans
chacun d’eux l’un des Prophètes dont le dernier fut Adam. Les visites
terminées, il retourna à son lieu d’origine et raconta le lendemain matin
son expérience à ses disciples, qui fut incorporée dans les Hadiths. Cet épisode
démontre que le commun des mortels pourrait accéder à la splendeur de la
vision du Seigneur en appliquant les enseignements du Coran tel que le Prophète
les pratiquait. C’est cette expérience qui légitime la tradition du SOUFISME
qui représente le mysticisme islamique. Celle-ci a eu pour but l’accession
vers la connaissance du Seigneur et entreprise en tout premier lieu par des Maîtres
Sunnites, tandis que pour les Shiites, dont il faut comprendre la totalité des
sectes autres que le Sunnisme, la quête de l’exégète ésotérique, menait
leurs Maîtres naturellement vers la recherche de la connaissance de l’UN.
C’est ici qu’intervient la théorie des émanations
développées à partir du Néoplatonisme et dont se sont inspirés de nombreux
soufis. Cette théorie fut fortement contestée par le grand théosophe
al-Ghazali (m. 1111). D’après lui les philosophes soutenaient que Dieu aurait
créé le monde à travers une puissance intermédiaire qui est le fondement de
la théorie des émanations, suivant le syllogisme :
1.
De l’Un n’émane qu’un être,
2.
Or, le monde est multiple,
3.
Donc il ne peut venir directement de Dieu.
Or de son côté al-Gazali démontra l’absurdité de
ce syllogisme. ( 10a)
A cette critique s’ajoute celle d’Averroès qui préfère
l’hypothèse du monde qui aurait existé nécessairement et de toute éternité.
Avant que le mot Soufisme apparaisse au IIIe - IVe siècle
de l’Hégire, la recherche vers
la réalisation spirituelle donna naissance à diverses voies et degrés hiérarchiques
en progression vers un état pour atteindre l’état de WALI soit défenseur de
la foi, terme arabe, dont le sens approximatif est ‘proximité’, ‘amitié’,
‘assistance divine’, ‘Maître’ et ‘saint’. Dans le Coran il est dit :
(2 :257) « Dieu est le Wali de ceux qui croient. Il les fait sortir
des ténèbres vers la lumière » et aussi (7 :197) « Dis…
C’est Dieu mon Wali qui a fait descendre le Livre ; c’est Lui qui
assiste les hommes de bien (Salihin) ». Et enfin dans un Hadith Qudsi
(Dieu qui parle par la bouche du Prophète) il est dit : « Mon
serviteur ne cesse de s’approcher de Moi par des œuvres surérogatoires
jusqu’à ce que Je l’aime, et lorsque Je l’aime, c’est Moi qui suis son
ouie par laquelle il entend, sa vue par laquelle il perçoit, sa main par
laquelle il saisit et son pied avec lequel il marche ; s’il Me sollicite,
Je lui cherche refuge en Moi. Je lui accorderai certainement Ma protection. »
C’est ainsi que les Maîtres de l’Islam se mirent à la recherche de voies
et des degrés pour s’approcher de la connaissance de Dieu, toutefois sachant
qu’il n’y a pas d’espoir de l’atteindre dans son entier. Dans le courant
du IIXe et IXe siècle différentes écoles se développèrent dans les grands
centres de l’empire musulman tels que Basra avec Hasan Basri (m.728) le
premier maître Soufi, Rabia al Adawiyya (m.801) la première sainte femme
Soufie, Bagdad avec Junayd (910), al-Halladji Mansur (m.922) Soufi qui déclara
‘EN EL-HAK’ soit ‘Je suis Dieu’ et qui fut torturé et exécuté, en
refusant d’abjurer. A Nishapour et au Khorassan Deux voies principales se développèrent
dont la Futuwah, une chevalerie spirituelle et la Malamatiyya qui prônait :
« ne montrer rien de bien et ne cacher rien de mal » afin d’échapper
à toute sorte d’ostentation.
D’après de nombreux auteurs le mot SOUFI dérive du
mot arabe SUF qui veut dire laine parce que les Soufis portent des vêtements de
laine. Une autre étymologie est le mot ‘safâ’ qui veut dire pureté. Une légende
veut que le grand théologien de l’Islam orthodoxe, Al-Gazali (m. 1111), qui
vivait à Bagdad, se promenant un jour dans les prés rencontra un pauvre berger
qui était assis tranquillement sur l’herbe en train de jouer de la flûte. A
le voir tellement démuni et aussi tellement heureux, il décida brusquement de
troquer son somptueux habit avec la bure en laine du berger et se retira en une
retraite religieuse à Jérusalem, Médine et la Mecque pendant dix ans après
quoi il revint pour enseigner les voies à suivre pour atteindre la connaissance
de Dieu.
Dans la conception soufie, l’approche de Dieu
s’effectue par degrés. Il faut d’abord respecter la loi du Coran. En effet
il est dit : « Mon Seigneur n’a interdit que les turpitudes, tant
apparentes que secrètes ». Ce n’est qu’un préalable qui ne permet
pas de comprendre la nature du monde par la lecture littérale du Coran. C’est
par l’enseignement du Maître à l’élève que celui-ci s’initie vers la
voie soufie. Pour les soufis, toute existence procède de Dieu et Dieu seul est
réel. Le monde créé n’est que le reflet du divin. ‘L’univers est
l’Ombre de l’Absolu’. Percevoir Dieu derrière l’écran des choses
implique la pureté de l’âme. Seul un effort de renoncement au monde permet
de s’élancer vers Dieu. ‘L’homme est un miroir qui, une fois poli, réfléchit
Dieu’. Le Dieu que découvrent les soufis est un Dieu d’amour et on accède
à Lui par l’Amour. ‘Qui connaît Dieu, L’aime ; qui connaît le
monde y renonce.’ ‘Si tu veux être libre, sois captif de l’Amour.’
A l’origine le soufisme comprenait des maîtres de
croyance sunni dont la grande majorité était d’origine arabe ou persane,
contrairement au shiites pour qui la voie prophétique n’avait pas pris fin.
Ces soufis suivaient une voie ascétique, avec qui, les jeunes adeptes
recevaient leurs enseignements. Par la suite des voies pour atteindre l’extase
et atteindre par ce moyen la connaissance de Dieu, soit les tarikat furent définies.
C’est alors que les maîtres Shii’s originaires du Khorasan qui refluèrent
vers l’Anatolie à partir du XIe siècle fondèrent cette fois-ci des ordres
tels que les Dervishes Tourneurs, initiés par Mevlana Djellaledini Roumi à
Konya, les Dervishes Hurleurs par Rifai, les Bekdashis par Hadji Bekdash Veli
qui furent des plus importants
parmi une trentaine qui essaimaient le monde musulman. A ces ordres de tendance
Shii-Alevi se joignirent divers bardes tels que Yunus Emre, Kaygousouz Abdal
etc..
Le ‘tassawwuf’ qui veut dire ‘faire action de
soufisme’ nécessite une voie qui y mène vers le soufisme ; c’est la
‘tarikat’. De fameux soufis définissant le tasawwuf comme suit :
Al-Junayd : « Il consiste à s’approprier tout
caractère noble et se défaire de tout caractère vil ».
Al-Ansari : « Le tasawwuf est une science
qui permet de connaître les états de purification des âmes, le raffinement
des caractères et l’anoblissement de l’apparence ainsi que le for intérieur,
afin d’atteindre le bonheur éternel ».
Le fameux orientaliste Henry Corbin définit les trois
conditions qui résultent en une ascèse spirituelle qui est le soufisme.
C’est la ‘shariat’ soit les données littérales de la Révélation. la
‘tarikat’ soit la voie mystique et enfin la ‘hakikat’ soit la vérité
spirituelle comme réalisation personnelle. La nécessité d’ajouter deux
conditions supplémentaires à la ‘shariat’ fait du soufisme une
protestation éclatante, un témoignage irrémissible de l’Islam spirituel
contre toute tendance à réduire l’Islam à la religion légalitaire et littéraliste.
La recherche de la vérité spirituelle, soit la ‘hakikat’ demande un Amour
profond et constant pour le Créateur dont Hafiz le déclare si bien dans ces
deux vers :
« Il n’a pas de fin dans mon aventure avec
mon aimé,
Y
a-t-il une fin quand il n’y a pas de commencement ? »
Et Roûmi d’affirmer :
« Si j’essaye de décrire l’Amour en ne
cessant pas de raconter,
Cent
siècles passeraient, qu’encore je n’aurais pas terminé. »
Afin de comprendre sommairement la pensée des maîtres
soufis je vais m’attarder sur l’enseignement de quelque uns des plus éminents
car l’étude détaillée du soufisme dépasserait de loin le contenu de ce
travail.
C’est à Basra que s’est développé le ferment
religieux qui envahit le monde musulman donnant naissance au soufisme. Le plus vénéré
parmi les tous premiers fut Hasan Basri (m. 728) et qui fut aussi un des grands
maîtres de loi et aussi théologien.
L’une des grands ascètes de Basra fut une femme,
Rabia al-Adawiyya (m.801). Quatrième
fille d’une pauvre famille vivant à la lisière du désert d’Arabie, elle
fut vendue comme esclave et éduquée comme danseuse et joueuse de flûte pour
qu’elle s’exhibe à l’occasion des fêtes de mariage pour le compte de ses
propriétaires qui obtenaient un profit
de cette activité. A partir de sa trente huitième année d’age, elle
s’adonne à une vie contemplative et refusa de s’exhiber et jouer de la flûte
pour entretenir des gens. Mise en vente, puisque non profitable, elle fut
recueillie par un saint homme qui voulu la marier. Rabia le remercia et lui dit :
« Si tu désire quelque chose de moi pour la Face d’Allah, Il te récompensera,
mais si tu désire quelque chose de ma propre personne, je n’ai rien à te
donner. J’ai tout ce dont j’ai besoin de mon Dieu Bien Aimé, et je n’ai
besoin de rien de quelque personne humaine. » Elle
resta donc célibataire durant toute sa vie. La tradition veut qu’elle
eu comme maître Hasan Basri, malgré que ce dernier serait un petit enfant
quand elle commença à s’adonner au soufisme.
(
10 )
Dans le courant de sa vie de soufie, elle développa
une doctrine mystique contemplative d’un ardent amour de Dieu qui se révèle
vers ceux qui lui profèrent un Amour profond. Pour illustrer sa doctrine je
citerai les deux extraits suivants : Rabia dit :
« J’ai vu le Prophète dans mon songe qui me
dit : O Rabia, est-ce que tu m’aimes ? Je répondis : O Prophète
de Dieu, qui pourrait ne pas t’aimer ? Mais mon amour pour Dieu
m’accapare à tel point qu’aucune place ne reste pour aimer ou hair un autre
que Lui. »
Quelqu’un demanda à Rabia : Qu’est-ce que
l’amour ? Elle répondit :
« L’Amour est arrivé depuis l’Eternité et
se dirige vers l’éternité. Et il n’est personne dans les soixante dix
milles univers qui ait bu une goutte sans qu’il soit enfin des comptes absorbé
dans Allah. Et c’est à cet occasion que nous arrive ces mots :’Il les
aime et ils l’aiment’. »
Et encore Rabia dit :
« O ! Dieu, Si je Te vénère par peur de
l’Enfer, que je sois brûlé dans les Enfers,
Et si je Te vénère dans l’espoir du Paradis,
Exclue-moi du Paradis.
Mais si je te vénère pour Ta propre Personne,
Accorde moi Ta Beauté Eternelle. »
Sept ans avant sa mort, Rabia s’établit à Jérusalem
dans une maisonnette sur le mont des Oliviers et on lui permit d’enseigner
dans la Mosquée d’ al-Aksa. Elle mourut en 801 et ses adeptes construisirent
une tombe près de la Cathédrale de l’Ascension qu’on peut encore visiter.
Une figure tragique du soufisme du Xe siècle fut
Huseyin ibn Mansur al-Hallaj dont Louis Massignon a publié une thèse en quatre
volumes, naquit dans un petit village dans le sud de la Perse en 857. Son père
était un cardeur de coton d’où son nom de ‘Hallaj’ cardeur de coton en
persan et en turc aussi. Dès son jeune age il suivit le Sheykh al-Tastari à
Basra et puis à Baghdad où il devint l’élève du fameux soufi al-Junayd qui
lui enseigna le recueillement et l’ascétisme. Al-Hallaj fut très vite
investi dans son cœur par l’Amour de Dieu et déjà en jeune age déclarait :
« Je suis Celui que j’aime, et Celui que j’aime est Moi.
Nous sommes deux
esprits qui demeure dans un corps,
Si vous me voyez,
c’est Lui que vous verrez,
Et si c’est Lui que
vous voyez, vous nous verrez tout les deux. »
Il faut comparer ces propos avec ceux du grand
mystique Maître Eckhart (1260-1327)
« Un avec l’Un, un
venant de l’Un, un dans l’Un, et, dans l’Un, Un éternellement. »
Après un pèlerinage d’une année à la Mecque,
al-Hallaj retourna à Bagdad et se rendit immédiatement à la maison de
al-Junayd. Ayant frappé à la porte, al-Junayd demanda : qui est là ?
et la réponse fut ‘Ana el-Haqq’ (Je suis la Vérité). Et al-Junayd de répondre :
« Mon très cher al-Hallaj ! prend garde concernant le Secret de
Allah. Ne le transmet pas à ceux qui ne peuvent pas le comprendre. Et fais
attention ; il arrivera un moment où tu auras mis le feu à un morceau de
bois ». al-Hallaj de répondre : « Le jour où je verrai
une lueur sur ce morceau de bois, tu sera alors investi d’habits de
l’orthodoxie ».
Par la suite il se met à prêcher d’une ville à
l’autre jusqu’au Khorasan, les Indes et le Turkistan. Son exaltation, les
sacrifices qu’il s’inflige et la Folie de Dieu qui l’habite et qu’il
essaye de transmettre à ses élèves produisent la vindicte des autorités
religieuses et des soufis qui l’accusent de sorcellerie. De retour à Baghdad
il est emprisonné et condamné à mort. En 922 il fut supplicié, décapité,
crucifié et son corps brûlé, dont les cendres furent jeté dans le Tigre.
Al-Hallaj, laissa de nombreux poèmes dans lesquels il
évoque son Unité avec Dieu dont quelques courts textes. (Traduction du Divan
par Louis Massignon) :
« Ton esprit s’est emmêlé à mon esprit,
comme l’ambre s’allie au musc odorant,
Que l’on te touche, on me touche ; aussi, Toi,
c’est moi, plus de séparation ».
« Je suis devenu Celui que j’aime, et Celui
que j’aime est devenu moi ! Nous sommes des esprits, infondus en un seul
corps.
Aussi, me voir, c’est Le voir, et Le voir, c’est
nous voir. »
« Ah ! est-ce moi, est-ce Toi ? Cela
ferait deux dieux. Loin de moi, loin de moi la pensée d’affirmer ‘deux’. »
« J’ai
vu mon Seigneur par les yeux de mon cœur, et j’ai dit : ‘Qui es Tu ?’
Il répondit : ‘Toi’. »
Et enfin avant d’être mis à mort il énonça :
« Maintenant il n’est aucune barrière entre
la Vérité et moi,
Ou
aucune nécessité de démonstration,
Ou
une preuve de la révélation,
Maintenant,
éblouissante dans son entier, la lueur de la Vérité,
Vacillant,
moins de lumière. »
Ibn Arabi (m. 1280 à Damas) est né en Espagne,
originaire d’une famille arabe du Yémen qui s’est installé en Espagne immédiatement
après la conquête musulmane. Très jeune il s’établit à Damas où il
mourut.
Il développa la théorie du ‘Vahdeti vucut’, soit
l’unicité des existants, qui se résume en une notion du panthéisme. Il fut
le chantre du monisme existentiel pour le quel il fut qualifié de hérétique
par Ibn Tammiya juriste de l’Islam, qui réfuta ses théories en 34 volumes
qui font encore aujourd’hui école dans des pays tel que l’Arabie Séoudite..
Pour lui, il n’y a qu’une seule réalité ontologique derrière toutes les
manifestations de l’universel. Il dit : « Mon cœur est capable de
devenir toutes les formes distinctes : il est le cloître, un temple pour
les idoles, une prairie pour les gazelles, la Kaaba pour le pèlerin, les Tables
de la Loi de Moise, aussi le Coran ; Amour est mon credo ; de quelque
côté que se tournent mes chamelles, amour est toujours mon credo et ma foi. »
(
11 )
Le Grand al-Gazali, maître de la théologie orthodoxe
de l’Islam et aussi un des premiers maîtres soufis a reçu son éducation du
Maîte al-Juvayni à Nishapour. Education profondément religieuse basé sur le
postulat que tout dépend de Dieu avec les principes suivants : La réalité
de Dieu et que la réalité de tout autre entité est crée par Dieu. Quand le
fameux Vezir Selchoukide, Nizam-ul Mulk fondateur de nombreuses écoles pour la
diffusion du Sunnisme et de l’Asharisme dont la plus fameuse à Bagdad, fit
appel à al-Gazali pour la diriger. Al-Gazali avait alors 34 ans et son maître
al-Juveyni mort, son éducation était terminée. C’est alors qu’il
combattit contre les théories des émanations. A la suite de l’assassinat de
Nizam, al-Gazali abandonna sa position de directeur d’école avec les honneurs
qui y découlaient et retira en une vie contemplative. Il raconte ainsi cet épisode :
« J’ai aussi compris que je ne pourrais pas
espérer au bonheur éternel à moins de craindre Dieu et rejeter toute passion,
ce qui correspondrait à couper toute attache avec le monde. Je devait
abandonner toute illusion de vie dans le monde pour diriger mon attention vers
ma maison éternelle, avec un désire intense de Dieu le plus Puissant. Cela
consistait à abandonner toutes honneurs et richesses, et aussi s’éloigner de
toute chose qui occupe usuellement une personne et qui le maintient ici bas. »
C’est ainsi qu’après 10 ans de retraite al-Gazali
se considéra prêt à suivre la voie soufie. Il raconte les conditions à
suivre dans cette voie dans son ‘Livre de la pauvreté et du renoncement’
qu’on pourrait appeler le manuel du Renoncement.
Pour y accéder à l’état mystique qui mènerait à
la connaissance de Dieu, al-Gazali postule qu’il faudrait traverser trois degrés,
dont :
Premier degré : On pratique le renoncement au monde en se battant
contre son désir d’y rester.
Deuxième degré : C’est celui qui renonce spontanément au monde.
Troisième degré : C’est le plus élevé qui consiste à renoncer
à son renoncement et par conséquent avoir abandonné tout. C’est l’état dénommé
‘FANA’ soit l’état où la personne perd tout contact avec son
environnement matériel tout en restant éveillé et en pleine possession de ses
sens pour concevoir le Divin. Et al-Gazali d’analyser en détail chacune des
mesures à prendre pour arriver au but.
Pour Al-Ghazali « la
plénitude vers Dieu » est :
« L’état le plus élevé, c’est d’être
effacé de l’effacement. »
Deux ordres Soufi’s se sont développés en
Anatolie, à partir du XIIe siècle, principalement parmi les peuplades Turques
du Khorassan qui furent refoulées par l’avance de l’invasion Mongole. Ce
sont les MEVLEVI et les BEKDASHI. L’étude détaillée de ces deux ordres
ainsi qu’un parallèle avec la Franc-maçonnerie, ainsi que la personnalité
du philosophe Riza Tevfik, Dervish Bekdashi et Franc maçon
a fait l’objet d’une étude détaillée par notre F. Thierry Zarcone
qui fut pendant quelques années attaché au Centre des Etudes Anatoliennes à
Istanbul.
Les peuplades Turques du centre Asiatique et du
Khorassan s’adonnaient au Chamanisme et l’Animisme. Elles furent converties
à l’Islamisme par des dervishes errants nommés Kalender à la tendance
Shiite tout en conservant certaines coutumes d’origine. ( 12a
L’ordre des Mevlevi, aussi connu comme l’ordre des
‘Dervishes Tourneurs’ fut fondé par Mevlana Cellaledini Roûmi, fils d’un
père soufi de Khorassan qui émigra vers l’Anatolie, et s’établit à
Konya. C’est son fils, Sultan Veled qui structura l’ordre qui existe encore
de nos jours. Son oeuvre maîtresse est le ‘Mesnevi’,
énorme traité composé d’environ 36.000 vers, traduit en de
nombreuses langues et commenté par tous les penseurs de l’Islam. Il traite
principalement du profond Amour mystique envers son maİtre Shems Tebrizi et
la douleur qu’il ressentit quand celui-ci le quitta brusquement. On peut
visiter son tombeau, où repose aussi son fils, à Konya, mausolée, surmonté
d’une coupole conique revêtue de faiences bleues.
Les trois premiers vers du ‘Mesnevi’ se présentent
comme suit :
« Ecoute ce ney qui se plaint,
Il
nous parle de la séparation,
‘Depuis
que l’on m’a séparé (coupé) du roseau,
hommes
et femmes se lamentent en écoutant mes cris’. »
Le NEY est une flûte en roseau, d’environ un mètre
de long, au son plaintif, considéré divin. C’est l’instrument sacré qui
accompagne principalement les cérémonies soufis. La valeur numérique de ses
lettres est 60, qui un chiffre sacré pour les shiites et ismaélites, comme
nous l’avons expliqué plus haut. Très souvent le ney est accompagné d’un
luth au long manche que les bardes d’Anatolie utilisent comme accompagnement
en déclamant.
Pour Roûmi, la Voie vers Dieu c’est l’Amour
intense envers Dieu et les êtres, aussi l’abandon des attaches avec ce monde.
La métempsychose fait partie de leurs croyances :
« Je suis mort minéral, et suis devenu plante
Je suis mort plante, et je me suis relevé animal,
Je suis mort animal, et suis devenu homme.
Pourquoi craindrais-je ? Quand j’ai été
amoindri en mourrant ?
Pourtant, je mourrai encore une fois, comme homme,
pour planer
Avec les Anges bienheureux ; mais même après
l’état d’ange
Il faudra que je passe au-delà. Tout périt, sauf
Dieu.
Quand j’aurai sacrifié mon âme-ange,
Je deviendrai ce que nul esprit, jamais, n’a conçu.
O, laissez-moi ne pas exister ! Car la
Non-existence prochaine :
« Nous retournerons en Lui ».
Pour l’Amour :
« L’Astrolabe des mystères de Dieu, c’est
l’Amour. »
Aussi :
« L’Aimé est tout en tout ; l’amoureux
se contente de le voiler,
L’Aimé est tout ce qui vit, l’amoureux, une chose
morte. »
Comprendre Dieu :
« Puis-je expliquer l’Ami à quelqu’un pour
qui Il n’est point Ami ? »
Se connaître soi même :
« Si tu n’as pas vu le diable, regarde ton
propre moi. »
A la recherche de l’Unique :
(
12 )
« Je ne suis pas de ce monde, ni de l’autre,
ni du paradis, ni de l’enfer,
Je ne suis ni d’Adam, ni d’Eve, ni de l’éden,
ni de rizwan,
Ma place est d’être sans place, ma trace d’être
sans trace ;
Ce n’est ni le corps ni l’âme, car j’appartiens
à l’âme du Bien-Aimé.
J’ai renoncé à la dualité, j’ai vu que les deux
mondes sont un ;
Un seul je cherche, Un sel je sais, Un seul je vois,
Un seul j’appelle.
Il est le Premier, Il est le Dernier, Il est le
Manifeste, Il est le Caché. »
Un autre ordre soufi toujours vivant est celui des
Becktashis. Il fut fondé au XIIIe siècle par Hadji Becktas Veli qui faisait
partie d’une famille chiite Turque du Khorassan fuyant vers l’ouest la poussée
Mongole. Hadji Becktas se réfugia d’abord dans l’un des forts tenu par les
Assassins où il reçu l’enseignement ismaélien et remonta la hiérarchie
jusqu’à recevoir le titre de Dai. La tradition veut qu’il fut envoyé en
Anatolie pour former des adeptes à l’enseignement ismaélite.
L’ordre des Becktashis est fondé sur une
organisation initiatique, où le récipiendaire traverse des degrés dans
l’initiation pour être ceint en fin de compte du ‘peshtamal’ le tablier.
L’organisation est proche du Compagnonnage
Occidental dont le pendant est l’Ahilik. Malgré que
le Coran est toujours considéré la base de l’enseignement, les Becktashis ne
se sentent pas obligé à appliquer les préceptes de l’Islam tels que le
jeune du Ramadan, les cinq prières par jour, etc… Chez les Ottomans, les
Janissaires faisaient partie de cet ordre qui devint à tel point important
qu’il imposait ses préférences dans le choix du Vizir et des ministres.
Quand Mahmut II liquida l’organisation des janissaires, l’ordre des
Becktashis perdit de son influence et continua à exister en tant qu’ordre
initiatique à base religieuse dont l’ésotérisme s’apparente de l’ismaélisme.
Le Becktashi, philosophe et Franc Maçon, Grand Maître du Grand Orient de
l’Empire Ottoman, Riza Tevfik qui vécu au début du XXe siècle précise :
« Puisque toute chose est une ombre illusoire,
il est naturel que nous recherchions dans notre propre être, le vérité. Ainsi
dès lors que nous reconnaissons que le monde entier ne se compose que de
fausses illusions et qu’il se trouve être ‘l’ombre des ombres’, alors
il ne reste, en vérité qu’une seule chose dont nous ne pouvons douter le
moins du monde ; notre propre moi, c'est-à-dire notre conscience. »
Et aussi :
« L’existence de chaque chose, c’est ton
propre être,
Ce
qui te voit le mieux, c’est ton propre œil,
C’est
ta propre parole qui gouverne cette matière,
Ton
corps est un Trône, le Sultan est en toi. »
Le barde Yunus Emre qui a vécu lui aussi en Anatolie
dans le courant du fin XIIIe – XIVe siècle doit être aussi considéré comme
un soufi de tendance shiite dont la recherche de la connaissance de Dieu passe
par l’Amour. Sa vie est connue par les récits de ses contemporains et ses
dates de naissance et de sa mort ne sont connues qu’approximativement. Il
laissa des centaines de poèmes écrits en langue turque, langue populaire,
tandis que le persan était alors la langue officielle des Selchoukides.
Probablement de nombreux poèmes d’autres bardes luis furent attribués. Le thème
principal de ses poèmes est toujours l’Amour profond qu’il professe envers
l’Unique, et l’humanisme aussi.
Un exemple à la recherche de l’Amour de Dieu:
« Moi, je marche en me consumant, l’amour
m’a peint au sang,
Je
ne suis ni intelligent, ni fou, vois ce que l’amour a fait de moi,
Parfois
je vole comme le vent, parfois je cours les rues,
Parfois
je dévale comme des torrents, vois ce que l’amour a fait de moi,
……………………
Pauvre
Yunus, je suis un misérable, des pieds à la tête l’amoureux,
Je
suis le vagabond de ma ville aimée, vois ce que l’amour a fait de moi. »
(14)
Le compositeur turc contemporain, Adnan Saygun, a
composé un Oratorio en s’inspirant des poèmes de Yunus Emre dont, entre
autres :
«O Mon Dieu ! je t’implore, donne moi ton
amour et ta joie,
Que ta grâce m’accorde ton amour et ta joie,
Toi, enivre moi, moi qui ne me reconnais pas,
Pour plonger mon âme en Toi, donne moi ton amour et
ta joie,
Sur le chemin vers Toi les amoureux brûlent de ton désir,
Leur âme s’enivre, accorde moi ton amour, et aussi
ta joie.
Purifie, ô Seigneur, mon cœur, effaces-en l’amour
d’ici bas.
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