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ÉTUDES MAÇONNIQUES - MASONIC PAPERS

by W.Bro. ALAIN BERNHEIM 33°

LA STRICTE OBSERVANCE - Part 1

La découverte dans un fonds d’archives breton, l’année dernière, d’un document d’un intérêt exceptionnel pour l’histoire de la Stricte Observance, m’a incité à reconsidérer ce soir avec vous ce que nous savons et ce que nous croyons savoir de ses origines par rapport au développement de la franc-maçonnerie au 18e siècle.

LA STRICTE OBSERVANCE ET SES HISTORIENS

On peut appliquer à la Stricte Observance les mots que Lantoine employait à l’égard du Rite Ecossais Ancien et Accepté: la Stricte Observance est « célèbre et peu connue ».[i]

Célèbre parce que l’atmosphère romantique qui entoure le stuartisme est liée aux débuts même de la Stricte Observance et au séjour de neuf mois que fit von Hund à Paris en 1743. Célèbre parce qu’avec la Stricte Observance le thème de la chevalerie semble faire son apparition dans la franc-maçonnerie, non plus de manière générale comme dans le Discours que Ramsay avait prononcé au mois de décembre 1736, mais comme chevalerie templière, fondement d’un système maçonnique. Célèbre enfin parce que pendant les vingt années de son triomphe, la Stricte Observance va remplacer la franc-maçonnerie anglaise presque partout en Allemagne et que les transformations que lui fera subir un Maçon français éminent, Jean-Baptiste Willermoz, lui assurèrent une pérennité qui la rend présente parmi nous aujourd’hui sous le nom de Régime Ecossais Rectifié.

Célèbre donc, mais peu connue, pourquoi ? Pour deux raisons.

L’une tient à notre approche de l’histoire de la franc-maçonnerie au 18e siècle, nous en parlerons dans un instant. L’autre provient du fait que l’immense majorité des documents et des études se rapportant à la Stricte Observance furent écrits en allemand, langue en général peu familière aux historiens francophones de la maçonnerie. Il fallut attendre fort longtemps pour voir paraître en français des études qui lui soient consacrées. Ce fut le travail auquel René Le Forestier consacra sa vie depuis 1928.

Mais ici survient une situation très particulière. Alors que les livres d’histoire maçonnique sont si nombreux que leur abondance même rend parfois les synthèses délicates - ne parlons pas des convictions particulières des historiens, souvent nuisibles à l’objectivité -, dans le domaine que constitue ce que Le Forestier a dénommé La Franc-Maçonnerie Templière, son livre posthume, publié en 1970, est le seul ouvrage de référence en langue française. Cette situation est d’autant plus regrettable que Le Forestier a systématiquement déprécié l’esprit de la Stricte Observance qu’il considéra comme une manifestation conjointe ou parallèle d’escrocs ou de rêveurs irresponsables.

En ce qui concerne l’Allemagne, Le Forestier a utilisé des sources dont presque toutes étaient - et sont encore - peu familières aux Maçons de langue française, mais la majeure partie de ces sources sont des sources anciennes et secondaires - par exemple le Handbuch en trois volumes - qu’il a recopiées par paragraphes entiers en ne mentionnant jamais ses emprunts. On ne peut que tomber d’accord avec Robert Amadou qui estimait Le Forestier « toujours indispensable et douteux ».[ii]

Ces mots sévères mais justes sont applicables à l’historien allemand  Nettelbladt (1779-1843) que Le Forestier a beaucoup utilisé. Nettelbladt est le contraire d’un historien objectif. Son livre - réimprimé en fac-similé en 1984 - est presque aussi volumineux que celui de Le Forestier et, comme lui, il est paru après la mort de son auteur. Cette édition de 1879 destinée au public, rassemblait une série d’études primitivement destinées à la seule intention des membres de l’obédience de Nettelbladt, la Grande Loge Nationale. Ces études avaient été rédigées entre 1823 et 1836. En un siècle et demi, nos conceptions de l’histoire maçonnique ont évolué et nous avons beaucoup appris.

Parce que Nettelbladt était l’âme de sa Grande Loge travaillant au Rite Suédois, il ne fit guère usage d’un auteur antérieur, fondamentalement opposé aux hauts grades en général et au rite Suédois en particulier, l’un des premiers historiens de la franc-maçonnerie allemande, Friedrich Ludwig Schröder (1744-1816). Comme Nettelbladt ignora Schröder, vous ne trouverez pas de mention de son nom chez Le Forestier.

L’oeuvre de Schröder qui est importante sur le plan quantitatif - les quatre volumes de ses Materialien et le livre qu’il consacra à Zinnendorf comportent plus de 1700 pages - n’a jamais été traduite. Elle est quasiment inconnue parce qu’elle est tout bonnement introuvable. Or il s’agit d’une oeuvre essentielle, incluant la transcription de très nombreux documents originaux. Par exemple le premier registre de la loge de Naumburg, fondée en 1749, avec laquelle von Hund entra en contact lorsqu’il établit sa propre loge à Unwürde, ou encore des lettres écrites par von Hund à Johnson avant le convent d’Altenberg.

En somme, l’histoire de la Stricte Observance reste à écrire. Il ne peut être question de nous livrer ce soir à cette agonizing reappraisal que recommandait un homme politique américain célèbre et encore moins de porter un jugement sur des événements dont bien des points restent obscurs.

Je voudrais seulement essayer de fixer avec vous quelques repères et, par la même occasion, poser quelques questions. Par exemple : l’évolution de la franc-maçonnerie, telle que nous la connaissons à travers l’oeuvre des historiens classiques, correspond-elle aux événements que les documents décrivent, question qui nous amène à examiner notre approche de la franc-maçonnerie du 18e siècle.

LA FRANC-MAÇONNERIE DU 18e SIÈCLE

Au 18e siècle - disons jusqu’en 1813 -, la franc-maçonnerie fait montre d’une créativité qu’elle ne retrouvera jamais ensuite. Ses caractéristiques sont fondamentalement différentes de celles de la franc-maçonnerie contemporaine. Elle ne connaît ni frontières géographiques, ni séparation entre les grades du métier et les hauts grades, ni organisations s’arrogeant le pouvoir de dire le droit. Elle se répand en Europe, dans les possessions françaises des Caraïbes, puis dans les colonies anglaises de l’Amérique, avec une vitesse incroyable grâce à deux canaux: les soldats et les commerçants. En se répandant, elle va se diversifier.

Très tôt, les régiments possèdent des loges militaires qui se révèlent un extraordinaire organe de diffusion. Avec ses cinq loges militaires en 1744, la France a douze ans de retard sur l’Irlande dont la Grande Loge constitue la première loge militaire en novembre 1732, elle est en avance sur l’Écosse et l’Angleterre dont les premières loges militaires remontent à 1747 et 1755.[iii] Les commerçants sont eux aussi de grands voyageurs, tel Estienne Morin, père de l’Ordre du Royal Secret qui fut l’ancêtre du Rite le plus diffusé aujourd’hui dans le monde, le Rite Ecossais Ancien et Accepté. Morin agit, créé et organise depuis 1744.

La franc-maçonnerie du 18e siècle est un monde mal compris parce que nous commettons l’erreur de lui appliquer rétrospectivement des lois et des concepts récents. Par exemple, un mot tel que régularité apparaît fort tôt dans le vocabulaire maçonnique, mais avec une acception différente de celle qui nous est aujourd’hui familière.[iv] Autre exemple: la liberté qu’ont et qu’exercent les loges militaires irlandaises pour répandre les hauts grades.

Les historiens classiques n’ont guère aidé à la compréhension de ce monde différent du nôtre qu’ils ont approché avec la technique du saucisson. Ils ont trouvé commode - commode pour eux - de considérer séparément l’évolution des grades symboliques et celle des hauts grades comme s’il existait un fossé entre deux univers. Leur approche n’est pas innocente. Elle repose sur le postulat d’une franc-maçonnerie “authentique”, réveillée ou réorganisée entre 1717 et 1730 à Londres, à la thématique uniquement fondée sur le métier (Craft), dont l’esprit aurait été transformé par les Français qui lui auraient ajouté toutes sortes de hauts grades. Relisez Gould qui expliquait le vote du Grand Orient de France en 1877 par une déviation spécifiquement française dont il situait l’origine dans les années 1740.[v]

D’autres historiens moins classiques et moins connus, l’Irlandais Philip Crossle, le Canadien Robert Meekren, le Hollandais Pott, - j’ai rappelé certaines de leurs idées dans un article récemment paru aux États-Unis [vi] - n’ont pas cherché à expliquer l’évolution de la franc-maçonnerie dans le but préconçu de justifier une situation contemporaine. Ils ont simplement tenté de formuler les questions que posaient les documents. C’est ce que je vous propose de faire maintenant.


LA FRANCE

La franc-maçonnerie française est la seule, sur le continent européen, à présenter à ses débuts un caractère chrétien, ce qu’attestent les Règles Générales de la Maçonnerie signées par le comte de Derwentwater le 27 décembre 1736, le jour même où Ramsay prononce la première version de son Discours. Cette spécificité, qui correspond à l’esprit des Old Charges antérieurs à la formation de la Grande Loge de 1717, permet de penser que la franc-maçonnerie introduite par Derwentwater, McLean et O’Heguerty - et peut-être même par des militaires irlandais vers la fin du 17e siècle -[vii] était différente de celle qui arrivera en France quelques années plus tard avec les loges créées par Desaguliers, Richmond et Coustos.[viii]

Plusieurs historiens anglais ont supposé que cette première franc-maçonnerie française aurait comporté une composante chevaleresque, en tirant argument des mots Ordre et chevaliers employés par Barbier dans son Journal, le 7 mars 1737: « On ne sait quoi que ce soit des statuts, des règles et de l’objet de cet Ordre nouveau. Ils s’assemblaient, recevaient de nouveaux chevaliers... ».[ix] Ces mots étonnent, certes, mais Barbier était un profane et son vocabulaire n’engage que lui. Or, une semaine plus tard, on relève des mots sensiblement identiques dans le livre d’architecture de la loge Coustos-Villeroy à propos de la loge du Grand Maître Derwentwater: « ... les frères ont ajouté que l’ordre n’était pas un ordre de chevalerie... ». [x] Ces frères devaient avoir de bonnes raisons pour laisser la trace écrite de leurs sentiments à cet égard et la remarque de Barbier y trouve une confirmation indirecte.

Les mots chevalier et chevalerie ont-ils été employés par Barbier et par la loge Coustos en raison de certains passages du Discours dont Ramsay avait prononcé la première version deux mois plus tôt, [xi] ou bien ce Discours et ces remarques étaient-ils liés aux caractéristiques de la première franc-maçonnerie française ?.

LA QUESTION DES HAUTS GRADES

Pour ce qui est de la chevalerie et des hauts grades, distinguons les intitulés, la chronologie et les familles de thèmes.

·Pour les intitulés, on sait maintenant - mais on ne le répétera jamais assez - que des grades aux thèmes identiques se rencontrent sous des désignations différentes et que des grades de mêmes noms peuvent recouvrir des thématiques distinctes.

·Qu’indique la chronologie ? Une loge composée de Scots Masters - ce qui veut dire Maître Ecossais, n’est-ce pas ? - apparaît à Londres en 1733, trois ans seulement après la publication du livre de Prichard, mais nous ignorons sa thématique. Deux grades additionnels au grade de Maître sont mentionnés par le Vénérable d’une loge irlandaise à Lisbonne qui vient spontanément déposer devant l’Inquisition portugaise, le 1 août 1738.[xii] Une loge de Maîtres Ecossais est créée à Berlin au mois de novembre 1742.[xiii] Mais à Paris, la première apparition de hauts grades attestée documentairement ne date que du mois de décembre 1743, lorsqu’un texte réglementaire mentionne les Maîtres Ecossois en spécifiant qu’ils sont apparus depuis peu.

·Quant aux familles de thèmes, il semble évident que l’une d’elles découle de la légende du meurtre de l’architecte. Dans la version la plus ancienne que nous connaissions - celle de Prichard qui est postérieure de treize ans à la fondation de la première Grande Loge -, ce meurtre pose implicitement des questions sur ce qui se passera après qu’il ait été perpétré : châtiment du meurtrier, remplacement de l’architecte disparu, retrouver la parole perdue. Cette première famille tentera de répondre à ces questions. [xiv] Cependant, ses thèmes ne sont pas forcément liés aux hauts grades: on retrouve celui du châtiment incorporé au troisième grade du rituel des Anciens en 1760 à Londres.[xv]

Une seconde famille présente une thématique différente parce qu’elle découle d’une autre légende selon laquelle la franc-maçonnerie aurait été apportée par des chevaliers Templiers en Écosse où ils étaient allés se réfugier après la mort de Jacques de Molay. A quel moment cette thématique templière apparaît-elle dans la franc-maçonnerie ? Quand la notion de chevalerie se transforme-t-elle spécifiquement en chevalerie templière ?

LE THÈME TEMPLIER

Nous constatons l’émergence du thème templier dans différents pays européens.

·       En Allemagne après 1751 avec l’Écuyer et l’Eques de la Stricte Observance. Modifiés par Willermoz, ils deviendront l’Écuyer Novice et le Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte du Régime Ecossais Rectifié.

·       En Suède en 1759 avec le rite organisé par Carl Friedrich Eckleff à Stockholm, rite dont l’histoire est pratiquement ignorée des Maçons de langue française, qui sera pratiqué ensuite en Allemagne par la Grande Loge Nationale de Zinnendorf.[xvi]

·       En France en 1761 à Metz puis à Paris d’où Estienne Morin rapporte le grade de Grand Inspecteur Grand Elu à Saint-Domingue. Il incorporera ce grade dans l’Ordre du Royal Secret, ancêtre du Rite Ecossais Ancien et Accepté organisé en Caroline du Sud en 1801.

·       En Irlande où le grade de Knight Templar, attesté au mois de mars 1765 et à Boston quatre ans plus tard, sera incorporé au Rite d’York principalement répandu dans les pays anglo-saxons.

Arrêtons-nous sur le grade de Grand Inspecteur Grand Elu de 1761 sur lequel nous avons le plus de renseignements.

Il était parvenu à Metz grâce à un militaire français servant en Suède en 1759, Jean-Baptiste de Barailh,[xvii] qui l’avait décerné pendant la guerre de Sept Ans en Allemagne à un autre Français, François Le Boucher de Lenoncourt. On croyait que la première mention en France de ce grade par Excellence se trouvait dans une lettre adressée en avril 1761 par des Frères de Metz à des Frères de Lyon, lettre qui fut publiée par Steel-Maret dans Les Archives Secrètes de la franc-maçonnerie (1893).

L’une de ses caractéristiques était une échelle à deux montants et sept barreaux, accompagnée de mots hébreux, son petit attribut un aigle à deux têtes, et son grand attribut « une croix Rouge à 8 pointes semblables à celle de Malthe ». Meunier de Précourt, Maître de la Loge Ecossaise Saint Jean des Parfaits Amis à Metz, en adresse l’instruction à Willermoz et lui explique que sous le nom de Kadosch, ce grade, son échelle et ses instructions secrètes illustrent l’histoire des Templiers dont le Grand Maître, Jacques de Molay, avait été brûlé vif à Paris en 1314.

Willermoz copia de sa main le catéchisme de ce grade [xviii] mais nous verrons plus loin qu’il en retrancha un élément essentiel. Toujours est-il que ce manuscrit Willermoz constituait la version la plus ancienne connue du grade de Chevalier Elu jusqu’à la découverte du document d’un intérêt exceptionnel que j’évoquais en commençant cette conférence.

·       Le catéchisme de Quimper

Ce document est un manuscrit découvert par André Kervella et Philippe Lestienne qui viennent de le publier il y a un mois dans Renaissance Traditionnelle.[xix] Il décrit le grade de Chevalier Elu pratiqué à Quimper en 1750 dans un Chapitre fondé par René François André, comte de la Tour du Pin, brigadier des armées du Roi.[xx] Je vous rappelle que la liste établie à l’Assemblée de la Grande Loge de France, tenue en novembre 1744, fait état d’une loge militaire établie dans le régiment de Bourbon Infanterie avec De la Tour du pin à sa tête.[xxi].

Dans le catéchisme de Quimper, ce Chevalier Elu connaît l’échelle mystérieuse composée de deux montants et sept échelons portant des mots hébreux. Les sept grandes lumières du chapitre représentent les 7 Maîtres Elus envoyés par Salomon a la recherche du traître... [xxii] Plusieurs de ces Maîtres se separèrent et furent a juste titre appellés Kadhosch qui signifie Saint. Ils sont connus sous le nom d’Esséens ... puis ont embrassé la religion chrétienne... L’Ordre s’est conservé chez quelques personnes pieuses... dont Hugues Paganis et Godefroi de Saint Amour... Au concile de Troyes ils reçurent l’habit blanc auquel Eugène joignit la croix Rouge... Ils possédaient des biens immenses... Ils s’unirent avec les chevaliers de St Jean de Jérusalem au temps des Croisades... Philippe le Bel fut l’auteur de leur ruine... Les frères qui ont conservé l’Ordre se cachèrent dans les montagnes d’Ecosse.... L’Ordre admet aujourd’hui des frères qui ne sont pas catholiques, parce qu’en Ecosse et en Angleterre, plusieurs frères embrassèrent les nouvelles opinions...

Cette dernière phrase permet de supposer que ce texte n’a pas été composé par un sujet de Louis XV. Le manuscrit comprend également une liste de vingt-deux Illustres Grands Maîtres représentant - ou originaires de - la Suisse, l’Italie, le Piémont, la Prusse, Hambourg et Francfort, l’Angleterre, différentes régions de France, les Antilles françaises et deux régiments dont celui de Condé Infanterie.

Or nous sommes en Bretagne, un an avant que von Hund n’ouvre son chapitre en Lusace, neuf ans avant qu’Eckleff n’ouvre le Grand Chapitre Illuminé de Stockholm. Vous voyez maintenant combien ce document est surprenant. Sa découverte permet de reconsidérer plusieurs éléments concernant l’apparition du thème templier.

·       Lyon 1752 et 1754

En premier lieu quelques mots prononcés par Jean-Baptiste Willermoz en 1782 au Convent de Wilhelmsbad.

[...] dès l’année 1752, c’est-à-dire il y a 30 ans, ayant été choisi pour présider la  qui m’avait reçu, & n’ayant aucune connexion, ni avec le défunt Rev. Fr. ab Ense [von Hund], ni avec aucun des partisans de son Système, j’apprenais mystérieusement à ceux auxquels je conférais ce 4e grade de la , qu’ils devenaient successeurs des Chev. T. & de leurs connaissances ; je le répétais & je l’ai répété pendant 10 ans, comme je l’avais appris de mon prédécesseur, qui l’avait appris lui-même par une ancienne tradition, dont il ne connaissait pas l’origine. [xxiii]

Comprenons bien la portée de ce que vient de dire Willermoz : en 1752, lorsqu’il conférait ce 4e grade de la loge de Lyon en tant que Vénérable, il enseignait au récipiendaire que celui-ci devenait successeur des chevaliers templiers, ce que Willermoz avait lui-même appris de son prédécesseur à la tête de la loge.[xxiv]

·       Le Noviciat - Lyon 1754

Second élément: un texte intitulé ‘Le Noviciat’, également reproduit par Steel-Maret avec la date 1754. Aucun historien, à ma connaissance, n’a commenté cette date surprenante. J’ai constaté que certaines de ses phrases se retrouvent dans un rituel publié par Schröder, rituel que Starck avait adressé à von Hund en 1770, Aufnahme eines weltlichen Novizen :[xxv]

Le maître des cérémonies éteint les bougies en disant:

— C’est en mémoire de ceux qui existèrent et n’existent plus.

Bei dem Auslöschen der Lichter sagt er:

Das thue ich zum Gedächtnis derer, die gewesen sind und nicht mehr sind.[xxvi]

Relisez l’étonnement de René Guilly, il y a une dizaine d’années, lorsqu’il découvrit ce rituel allemand. Il y trouvait « des ressemblances frappantes avec les rituels de la Stricte Observance de Lyon de 1775 et aussi avec ceux du Convent des Gaules... la position de ce document comme source des rituels rectifiés saute aux yeux... ». C’était bien sûr le même rituel, traduit en français par Bénard à Dresde, transmis quatre ans plus tard par Weiler à Willermoz. Constatant que ce rituel était attesté par Starck, René écrivait: « Il est pour le moins curieux et intéressant de le trouver ainsi en partie à l’origine du Régime Ecossais Rectifié français et peut-être même, qui sait ?, de sa vocation ésotérique ».[xxvii]

Vous savez que les clercs templiers firent leur apparition dans le système de la Stricte Observance avec Starck et que personne n’en avait entendu parler avant lui. Starck écrit sa première lettre à von Hund le 31 mars 1767, quelques semaines après avoir créé une loge à Wismar (petite ville alors suédoise, située à une centaine de kilomètres à l’est de Hambourg). Cette loge avait pour autre fondateur le baron Friedrich von Vegesack, initié à Hambourg en 1748, un ancien capitaine du Régiment d'Orange-Nassau au service de la Hollande.[xxviii]

Vegesack affirmait avoir été reçu dans l’Ordre des Templiers par le comte de La Tour du Pin en France en 1749.[xxix] Son affirmation suscita l’ironie de René Le Forestier et, plus récemment, celle de Jacques Litvine.[xxx] Malheureusement pour eux, la liste des Illustres Grands Maîtres du document de Quimper montre à côté du nom du comte de la Tour du Pin: ‘Dambourg le Baron de Veylask’, c’est-à-dire le baron de Vegesack de Hambourg.

·       Metz 1751

Nous ne sommes pas au bout de nos surprises: des passages entiers du catéchisme de Quimper se retrouvent dans le manuscrit Willermoz de 1761, mais ce dernier est bien plus court (52 demandes et réponses contre 82) car tout ce qui concerne les Templiers en a été retranché. Par contre, la version de Quimper est d’un bout à l’autre identique - à quelques variantes près - à celle qui sera imprimée à Paris en 1781 par Vincent Labady, [xxxi] version qui provenait des archives du baron de Tschoudy,[xxxii] Maître de la Loge Ancienne de Metz vers 1751.

·       Résumé et question

Un élément indiscutable ressort de la lecture du manuscrit de Quimper: le thème templier n’est pas apparu en France en 1761 avec le Grand Inspecteur Grand Elu via la Suède et Metz, comme on le croyait, mais bien onze ans plus tôt dans un chapitre de Quimper. En 1752, à Lyon, ce thème était familier à Willermoz. Mais bien avant Wilhelmsbad, il ne devait guère éprouver de sympathie à son égard puisqu’il le retrancha de l’instruction du grade lorsqu’il la recopia en 1761.

Cette constatation amène une question évidente: Quimper ayant reçu le grade de Chevalier Elu du comte de la Tour du Pin vers 1749, où et quand la Tour du Pin avait-il reçu connaissance de ce grade ? [xxxiii]

LA STRICTE OBSERVANCE

·Le nom et les Règles

Revenons maintenant à l’apparition de la Stricte Observance en Allemagne. De quand date l’apparition de ces deux mots dans la franc-maçonnerie et où apparaissent-ils ? La réponse surprendra peut-être les lecteurs de Le Forestier pour qui il s’agirait d’un « nom inventé par Johnson que von Hund s'appropria », ce qui est inexact.[xxxiv] Ces deux mots apparaissent en 1754 dans un document rédigé à Kittlitz.[xxxv] Ils n’y expriment rien d’autre que ce qu’ils disent par eux-mêmes, à savoir respecter des règles existantes. Ces Règles furent rédigées par l’Eq. a Columna, Georg Schmid, qui avait vingt-sept ans, et elles furent approuvées le 15 janvier 1752 par von Hund qui en avait vingt-neuf. Nous en connaissons le texte.[xxxvi] Je vous en citerai le début dans un instant.

·Les témoignages de Kessler et de Jacobi

Dix ans plus tôt ce jeune homme, né fortuné en Lusace [xxxvii] le 22 septembre 1722, est reçu Franc-Maçon à Francfort-sur-le-Main où il assiste au couronnement de l’empereur Charles VII. Il retourne sur ses terres et, après une histoire d’amour malheureuse, il repart pour la France. Il reste neuf mois à Paris, passe trois semaines à Strasbourg et rentre chez lui à la fin de l’année 1743.

Depuis près de deux siècles, les historiens se posent la même question: von Hund a-t-il reçu un grade chevaleresque ou templier pendant son séjour à Paris ? En a-t-il fait état plus tard ?

Cette question a été obscurcie par les écrits d’un de ses amis, Christian Friedrich Kessler von Sprengseysen (1730-1809). Kessler avait été reçu Maçon en avril 1754 à Unwürde par von Hund qui l’arma chevalier, Eques a Spina, le 16 janvier 1764. Kessler prononça l’éloge funèbre de von Hund et nous en connaissons le texte qu’a retrouvé et publié Robert Amadou.[xxxviii] C’est à cet éloge funèbre et aux quatre livres que Kessler publia après 1786 que nous devons l’origine de plusieurs faits douteux qui seront ensuite attribués à des déclarations qu’aurait faites von Hund lui-même, raison pour laquelle sa sincérité sera en question. Kessler, croyait bien faire et défendre la mémoire de son ami.

Un autre témoin, Carl Heinrich Ludwig Jacobi, m’apparaît plus digne de foi. Né le 8 mai 1745, secrétaire de l’Ordre à vingt et un ans, il a laissé un manuscrit inédit, intitulé Bref Examen de l’Histoire de la Stricte Observance, dont un passage important vient d’être récemment publié pour la première fois.[xxxix]

Jacobi distingue entre ce que la plupart des Frères pensaient à l’époque et ce qu’il a lui-même entendu de la bouche de von Hund. Oui, les Frères pensaient que von Hund avait été reçu dans l’Ordre de Jérusalem à Paris en 1743 par le Grand Maître inconnu de l’Ordre, Charles Édouard pour les uns, Jacques III pour les autres. Ils pensaient aussi qu’il avait été alors nommé Grand Maître de la VIIIe Province. Mais Jacobi d’ajouter qu’il n’a jamais entendu von Hund faire de telles déclarations. Jacobi estime probable que lors de son séjour à Paris, von Hund a fréquenté une loge d’exilés stuartistes, Anglais ou Ecossais, qui pensèrent que von Hund pourrait leur fournir une aide pour le débarquement en Écosse qu’ils étaient en train de préparer. Mais même cela, écrit Jacobi, von Hund ne le lui a jamais dit.

von Hund rassemble des Frères fort jeunes - ils ont 27 ans en moyenne - et crée avec eux, chez lui à Kittlitz, une loge et un Chapitre dont le champ d’activité ne s’étend pas au-delà de la Lusace. Ces deux créations datent de 1751, plus de sept ans après que von Hund ait quitté la France. Cet intervalle pendant lequel von Hund n’a aucune activité maçonnique, n’a jamais reçu d’explication. Or Jacobi rapporte qu’en 1750 ou 1751, un officier écossais nommé O’Keith est venu passer quelques jours chez von Hund.

Je suis persuadé qu’il existe un rapport entre les deux événements et pense que le O’Keith mentionné par Jacobi était le Général James Keith.

Keith appartient à une célèbre famille de Jacobites écossais, proscrits en Angleterre. Il devra à la position éminente qu’il occupait à la tête des troupes de l’impératrice Anna l’autorisation de se rendre à Londres en 1740 où le futur Grand Maître, son cousin Kintore, le nomme Grand Maître Provincial pour la Russie. L’activité maçonnique de Keith est attestée en 1744 en Suède.[xl] Entre-temps passé au service de Frédéric dont il fut l’ami et l’un des grands soldats, il crée une loge à Halle en Allemagne dont les travaux commencent au mois de décembre 1756. [xli] Si mon hypothèse est juste, la visite de Keith permet de donner une explication satisfaisante à la reprise de l’activité maçonnique de von Hund en 1751.

Cette activité est interrompue en 1756 par la guerre de Sept Ans, ce qui est bien compréhensible puisque les membres du Chapitre de von Hund étaient en majorité des militaires. Elle reprendra en 1763, une fois la guerre terminée.

·       Rosa et Johnson

Lorsqu’éclate la guerre de Sept Ans, la Mère Loge Aux Trois Globes à Berlin a pour Vénérable un conseiller militaire de Frédéric, Friedrich Wilhelm von Printzen. En 1758, un prisonnier de guerre français lui demande l’autorisation de créer une loge pour ses compatriotes, prisonniers comme lui. Printzen la lui accorde immédiatement. En témoignage de reconnaissance, ce prisonnier communique le grade de Chevalier Elu de St Jean de Jérusalem à Printzen ainsi qu’à quatre autres Frères, ce qui permet la création à Berlin du Chapitre dit “de Clermont”, le 19 juillet 1760.[xlii] Sous l’impulsion de son légat général, le pasteur Rosa qui en modifie le rituel, ce Chapitre a un succès considérable et constitue une quinzaine d’autres Chapitres en l’espace de trois ans.

En septembre 1763, la guerre de Sept Ans terminée, apparaît en Saxe un personnage singulier, Johnson. On ne connaît pas son nom véritable, mais un excellent historien hongrois, Ludwig von Aigner, lui a consacré une monographie qui se lit comme un roman policier.

Un aventurier, certainement, qu’Aigner compare à Cagliostro. Né vers 1726, soldat puis déserteur, il arrive à Prague en 1752 où il devient Maçon. On le trouve en Autriche où il convainc l’empereur et Marie-Thérèse qu’il connaît la pierre philosophale, à Strasbourg, à Leipzig, en Italie et finalement à Innsbruck où il échoue en prison.

En 1756, il se présente dans une abbaye proche de Rastatt comme un Père bénédictin du nom de Casimir et confie aux moines qu’il est un fils du Prétendant Stuart, chargé par le pape de réformer les couvents. Il organise un bal dans un cloître de nonnes à Lichtental et invite les moines à y participer. Il est respecté comme un dieu, mais commet l’erreur de partir quelques jours en voyage. En son absence, les choses vont se gâter pour lui, car les moines désirent continuer à boire quotidiennement du vin, comme le leur a ordonné le Père Casimir, ce qui amène le prieur du convent à aller exprimer ses soucis à son supérieur. Emprisonné à son retour, condamné à dix ans de galères, Johnson parvient à s’évader.

Il devient gardien des faisans du prince d’Anhalt-Bernburg, puis se présente à la loge Aux 3 Roses de Jena où il fonde un chapitre "sublime" aux tendances alchimiques.[xliii] On suit sa trace pendant la guerre à Altona, à Francfort et à Berlin. Il revient à Jena au mois de septembre 1763 et s’y présente alors comme le Grand Prieur de l’Ordre du Temple de Jérusalem, Eques a Leone magno, arrivant d’Ecosse.

Johnson commence par déclarer que les rituels du chapitre sont faux et que ses constitutions reçues de Rosa au nom de Berlin ne valent rien. Avec une audace extraordinaire, il n’hésite pas à convoquer Rosa devant le Chapitre assemblé et lui demande de décrire le Tableau d’Apprenti. Rosa se trouble, se couvre de ridicule, mais par naïveté ou par bêtise, accepte de signer le procès-verbal de cette réunion tout en demandant qu’on veuille bien en rectifier quelques phrases, ce qu’on lui promet. Johnson adressera des copies de ce procès-verbal non rectifié à tous les Chapitres que Rosa avait fondés. Allant plus loin: il convoque des représentants de tous ces Chapitres en leur ordonnant d’apporter leurs rituels et leurs Constitutions. Elles seront brûlées au milieu du temple de Jena, au son des trompettes et des roulements de tambour. Escroc, Johnson, certes, mais escroc de génie.

·       Von Hund et Johnson

Lorsque l’arrivée de Johnson et la déroute de Rosa sont annoncées à von Hund le 12 octobre 1763, von Hund est convaincu que cet envoyé est un ambassadeur authentique. Une rencontre à Leipzig est envisagée. Le 13 novembre, von Hund fait écrire à Johnson en lui posant des questions précises. Qui est actuellement le Grand Maître ? Qui est le chef de la VIIIe Province ? [xliv] Johnson répond qu’il ne pourra lui donner certaines indications que de vive voix. von Hund s’adresse alors personnellement à lui par une lettre écrite en français. En voici le texte inédit depuis que Schröder le reproduisit il y a près de deux cents ans: [xlv]

23. décembre 1763

Très reverend, très Noble et très honoré Frere,

Penetré au vif par les marques de Zele pour l’Ordre et de la Magnanimité qui paroissent partout dans les Procedures de Votre Reverence, dont j’ai reçu de nouvelles preuves par la lettre du reverend frere Teichmeyer, je mets la main à la plume pour assurer Votre Reverence que je ferois de mon coté le possible pour resserer les noeuds de l’union que nous nous proposons reciproquement et que je donnerois volontiers les mains à tout ce qui peut contribuer aux avantages reelles du très haut Ordre.

Soyez persuadez très cher et noble frere, que pour mon particulier je suis pret à sacrifier mes droits et prérogatives au bienêtre de l’Ordre, que je reconnoitrais avec plaisir un egal, même un superieur en Vous, pourvu que les regles que nous professons et nos Usages que l’antiquité à rendues sacrée à mes freres n’en patissent pas. C’est la le point capital, sur lequel j’ose insister.

Vous serez convaincu de la bonté de notre systeme (j’ose m’en flatter) s’il plaisoit à Votre Reverence d’accepter une entrevue. Ce seroit la, que je pourrois avoir l’honneur de lui developer avec la derniere franchise tout ce qui concerne cette matiere. Si vous voulez, tres cher frere, y consentir comme j’ai lieu à l’esperer, nous trouverons surement des moyens de nous arranger de façon, que votre authorité n’y souffrira en aucune façon. Votre Rev. pardonnera si dans ma precedente j’ai pu m’expliquer peutêtre avec trop de franchise sur quelques articles.

Un long usage du monde m’a apris par des frequentes experiences qu’on ne peut user de trop de prevoyance. C’est donc [dans] cette sage defiance, que reside la sureté de l’Ordre. Des le commencement j’ai eu trop bonne opinion de Votre Rev. pour user de quelques detours envers elle, croyant que bien loin de lui deplaire, Elle m’en estimeroit d’avantage, si je lui montrais un coeur franc et ouvert.

Maintenant que je comence a apercevoir la noblesse des sentimens de Votre Rev. j’ose Vous assurer, cher et digne frere, de mon attachement reel pour Votre personne et du desir de m’unir avec Vous par les liens les plus indissolubles etant sans reserve  avec Consideration la plus sincere et avec tous les honneurs usités dans le haut Ordre.

De Votre Reverence

le très-humble et très obeiss. serviteur et très adonné frere.

Charles Bar. de Hund

surnommé Chev. de l’Epée

 

Les dés sont jetés. Les deux hommes se rencontreront six mois plus tard à Altenberg pour une tragi-comédie qui durera quelques jours. Le ton des lettres de Johnson, en fait écrites par le jeune Bechtoldsheim nommé Cancellarius ordinis superioris, avaient pu tromper von Hund, mais pas un face-à-face. Démasqué, Johnson s’enfuit, il est rejoint et mourra à la Wartburg dans la cellule qu’avait occupée Luther.

Entouré par deux hommes de talent, Schubart et Zinnendorf, qui se sépareront vite de lui (Zinnendorf en 1766, Schubart deux ans plus tard), von Hund et sa Stricte Observance vont dominer l’Allemagne pendant douze ans. von Hund meurt le 8 novembre 1776, un an après le convent de Brunswick. Il sera enseveli, comme Schubart, dans sa grande cape blanche, entouré de quelques fidèles et de beaucoup de soupçons.

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J’ai promis de vous lire un extrait des Règles que le jeune von Hund avait approuvées aux tout débuts de la Stricte Observance. Leur première partie, intitulée Ce qu’un Franc-Maçon doit penser de la Maçonnerie, représente l’un des plus beaux textes maçonniques que je connaisse. En voici le début:

L’adhésion à la franc-maçonnerie peut provenir d’incitations bien différentes, ces incitations détermineront le zèle et la conduite d’un Frère nouvellement reçu. Certains viennent à l’Ordre, mus par un respect particulier qu’ils ressentent à son égard, ils y voient tant d’hommes raisonnables unis entre eux, cela leur plaît, et ils souhaitent faire partie de cette chaîne. Ce motif-là est le plus beau de tous.

Gottmadingen

mai 1998


NOTES

 



[i]      Lantoine 1930. La Franc-Maçonnerie Ecossaise en France: IX.

[ii]     Amadou 1984 in Renaissance Traditionnelle 57: 1.

[iii]    R. E. Parkinson in Transactions - The Lodge of Research CC Ireland, 1949-1957: 119.

[iv]     Un exemple suffira à illustrer cette évidence. On lit dans le procès-verbal de la première Grande Loge du 29 janvier 1731: « Le Dr. Douglas observa que plusieurs Frères qui n'appartiennent à aucune Loge régulière et qui sont cependant de bons et fidèles Frères, ne peuvent avoir connaissance [du Grand Festival] si celui-ci n'est pas annoncé publiquement » (The Minutes of the Grand Lodge of Freemasons of England 1723-1739, Quatuor Coronatorum Antigrapha. X: 143). On pouvait donc à Londres, en 1731, n’appartenir à aucune Loge régulière - c’est-à-dire à une loge faisant partie de la Grande Loge - mais être néanmoins considéré comme un bon Frère par l’un des douze Grands Stewards nommés ce jour-là. C’est ce que remarque Sadler  qui ajoute avec l'ombre d'un sourire que la Maçonnerie de cette période ne saurait être jugée « d'après nos critères contemporains de discipline et d'organisation presque parfaites » (Masonic Facts and Fictions, 1887, p. 43).

[v]     Gould 1882-1887: III. 141.

[vi]     Bernheim 1996.

[vii]    Cette question est moins simple qu’il n’y paraît.

[viii]   Loges créées à Paris, Aubigny et Valenciennes entre 1732 et 1735. Il est possible que l’existence simultanée de ces deux formes distinctes de franc-maçonnerie primitive soit à l’origine des deux familles de divulgations françaises (Bernheim 1993: 149).

[ix]     R. J. F. Barbier 1869 (1966). Journal. II: 148 - Tuckett 1919. ‘The origin of additional Degrees’. In AQC 32: 8. - A. C. F. Jackson 1987. Rose Croix: 8, 12.

[x]     Daniel Ligou 1965. ‘Le premier Livre d’architecture de la Maçonnerie française’. In Bulletin du Centre de documentation du GODF 51: 38.

[xi]     Voir Alain Bernheim 1996. ‘Letter to the Editor’. Heredom 5: 10.

[xii]    Témoignage de Hugo O'Kelly, 1 août 1738: « and there are two more classes which they call Excellent Masons, and Grand Mason, which are above all others and superior to that which he, the witness, exercised » (Dr. S. Vatcher 1971. ‘A Lodge of Irishmen in Lisbon in 1738’. In AQC 84: 88.

[xiii]   O’Etzel 1903. Geschichte der Grossen National-Mutterloge in den Preussischen Staaten genannt zu den drei Weltkugeln: 14-15.

[xiv]    Dr. P. H. Pott. ‘Etude de l’histoire de la Franc-Maçonnerie’. In Le Symbolisme 365: 310-311. Cité in Bernheim 1996: 96.

[xv]    Harry Carr 1981. Three Distinct Knocks and Jachin and Boaz. The Masonic Book Club: Bloomington, Illinois (avec le fac-similé de la première édition des deux divulgations).

[xvi]    La plupart des indications concernant Eckleff données in Le Forestier 1970: 179 proviennent de Schiffmann 1882. Mais Le Forestier a tendancieusement interprété le livre de cet historien allemand, excellent et honnête, et a fait d’Eckleff un médecin alors que celui-ci était un petit fonctionnaire.

[xvii]   Thulstrup 1892: 49 (1984: 45).

[xviii] BM Lyon Ms 5910. Ce manuscrit fut acquis à la vente Le Brigon en janvier 1956.

[xix]    André Kervella et Philippe Lestienne 1998. ‘Un haut-grade templier dans les milieux jacobites en 1750: l’Ordre Sublime des Chevaliers Elus aux sources de la Stricte Observance’. In Renaissance Traditionnelle 112: 229-266 (numéro daté d’octobre 1997, paru en avril 1998).

[xx]    Voir sa biographie, Annexe 1.

[xxi]    Alain Bernheim 1974. 'Contribution à la connaissance de la genèse de la première Grande Loge de France'. In Travaux de Villard de Honnecourt X: 74. - Réimpression 1988. In Travaux de la Loge nationale de recherches Villard de Honnecourt 17: 156.

[xxii]   Dans les rituels irlandais connus par les divulgations des années 1760 (Three Distinct Knocks et Jachin and Boaz, voir supra, note 13), il s’agit de douze Compagnons, mais le thème est le même.

[xxiii] Intervention de Willermoz, le 29 juillet 1782. Jean-François Var (Texte transcrit et présenté par) 1985. ‘Les Actes du Convent de Wilhelmsbad’. In Les Cahiers Verts VII: L-LI.

[xxiv]   La mention par Willermoz de son prédécesseur montre bien que ceci se passait avant 1753, date à laquelle il fonda à Lyon La Parfaite Amitié.

[xxv]   Schröder 1805-1806: II. 169.

[xxvi]   Steel-Maret 1985: 42. Schröder 1815-16: 2-4B. 17.

[xxvii] René Guilly 1989: 288-289.

[xxviii]          Schröder 1805-1806: I. 165.

[xxix]   Lettre datée du 5 août 1767, reproduite in Kessler von Sprengseysen 1788: 134. Dans une lettre qu’il adresse à Nettelbladt en 1809, Starck écrit qu'il possède une copie de la patente remise par le comte de La Tour du Pin à Vegesack (Runkel 1932: III. 225).

[xxx]   Le Forestier 1970: 158. Litvine 1997: 47, note 75.

[xxxi]   G. J. G. E. [Grand Inspecteur Grand Elu], ou Chevalier Kados; connu aussi sous les titres de Chevalier Élu, de Chevalier de l'Aigle-Noir (Paris 1781). Dans Histoire, Rituels et Tuileurs... Paul Naudon a trancrit un rituel manuscrit intitulé Le chevalier Elu dont il écrit qu’il date « environ de 1765 ». Contrairement au MS Willermoz (Naudon commenta ce MS dans l’édition 1984: 104, note 86: « S’agit-il... d’un texte édulcore ou tronqué ? »), le manuscrit Naudon a les mêmes questions et demandes que le manuscrit de Quimper, mais il présente la plupart des variantes de la version imprimée de 1781. On trouvera in Acta Macionica vol. 8 (Bruxelles 1998), pp. 85-97 le texte des manuscrits de Quimper et de Lyon avec, en notes, l’indication des principales variantes de l’imprimé de Paris 1781 et du manuscrit Naudon.

[xxxii] Théodore-Henry, baron de Tschoudy, Maçon d’origine suisse, né à Metz le 21 août 1727, mort à Paris le 28 mai 1769.

[xxxiii]           Il m’apparaît probable que la diffusion de l’Ordre des Chevaliers Élus est en rapport avec la guerre de Succession d’Autriche (1740-1748) durant laquelle La Tour du Pin, à la tête du régiment de Bourbon, avait été grièvement blessé à Lauffeld.

[xxxiv] Le Forestier 1970: 138.

[xxxv] Ce document est transcrit in Schröder 1805-1806: I. 214. Ces deux mots se trouvent également sur la couverture de la première édition (1756) du livre de Dermott: Ahiman Rezon, or a Help to a Brother; Shewing the Excellency of Secrecy, And the first Cause, or Motive, of the Institution of Free-Masonry; The Principles of the Craft, And the Benefits resulting of the Strict Observance thereof; ...

[xxxvi] Le texte intégral des Règles se trouve seulement in Schröder 1896: 15-25. Richard Schröder, sans lien de parenté avec Friedrich Ludwig Schröder, avait été initié en 1892 dans la loge de Naumburg dont il écrivit l’histoire, loge au sein de laquelle von Hund recruta ses premiers chevaliers en 1751.

[xxxvii] Province de l’électorat de Saxe, à 100 km au nord de Prague et à 70 km à l’est de Dresde.

[xxxviii]          Amadou 1980.

[xxxix] Jacobi 1796 in Dotzauer 1991.

[xl]     Thulstrup 1892: 14 (1984: 13-14). - Robelin 1993: 45-7. Le Général James Keith (1696-1758) et son frère aîné George (le 10e earl marischal, proscrit en 1716) avaient un arrière-grand-père commun (William, 6e earl marischal) avec John Keith (1696-1758), 3e comte de Kintore, élu Grand Maître de la Grande Loge d’Ecosse le 30 novembre 1738 et Grand Maître de la Grande Loge d’Angleterre le 22 avril 1740.

[xli]    Allgemeines Handbuch der Freimaurerei 1900: I. 404. En novembre 1756 Keith était à Dresde où il prit part aux négociations avec les Saxons après la chute de Pirna.

[xlii]   Le procès-verbal original de l’ouverture du Chapitre, rédigé en latin, indique qu’il s’appelait Filley de Lernay (Nettelbladt 1879: 183-4), sa traduction en allemand Filley de Lerneu (Runkel 1932: I. 197).

[xliii]   Le Tapis du grade était rond et de couleur noire. En son centre, une lanterne avec le nom Jehovah en dessous. Le signe consistait à placer la main sur le front, le genou et le coeur (Taute 1885: 1).

[xliv]   Schröder 1805-1806: II. 61

[xlv]    Schröder 1805-1806: II. 246-247. Orthographe respectée.

 

ANNEXE 1

Extrait de

Georges Martin, Histoire et généalogie de la Maison de la Tour-du-Pin

« René III de La Tour-du-Pin, comte de La Tour-du-Pin La Charce comte de Bosmont (Thiérache), de Raray et de Monthenault, seigneur de Bezonville (Beauce), vicomte de la Charce, baron des Plantiers et d’Aleyrac, naquit à Ypres, le 30 novembre 1715. Il fut admis parmi les pages de la Grande-Ecurie du Roi et fut nommé capitaine d’infanterie en 1730. Il fut blessé d’un coup de feu à l’attaque de Wissembourg et reçut le commandement du régiment de Bourbon en 1740,[i] mais une terrible blessure qui lui fracassa les deux os de la jambe gauche à la bataille de Lawfeld, le rendit infirme et l’obligea à quitter l’armée en 1748 avec le brevet de brigadier des armées du roi. Il fut nommé chevalier de l’ordre militaire de Saint-Louis. Il partagea dès lors sa vie entre Bosmont et Paris et fut nommé membre du bureau de Laon de la société d’agriculture de la généralité de Soissons en 1761. Il mourut à Paris, le 12 février 1778.

« Il épousa en l’église de Bosmont, le 13 février 1741, Jacqueline-Louise-Charlotte de Chambly, dame de Bosmont, de Ranay, de Connantre, de Monthenault, fille de Charles-François de Chambly, comte de Bosmont et de Ranay, et de Jeanne-Louise le Cognieux de Bezonville. Par cette alliance, elle apporta dans la maison de La Tour-du-Pin, les fiefs de Connantre, de Monthenault, de Ranay, de Chambly, de Bosmont et de Bezonville, notamment. Le contrat de mariage fut signé par le roi qui était le parrain de la mariée. Il stipulait l’obligation de porter le nom de CHAMBLY. Un Chambly avait sauvé la vie du roi Philippe-Auguste à la bataille de Bouvine en 1214. Elle mourut à Reims, dans son hôtel de la rue du Marc, le 28 novembre 1791, à l’âge de soixante-quinze ans. Il ne semble pas qu’elle fut inquiétée pendant la période révolutionnaire. »



[i]      Cette indication permet d’identifier le Maître de la Loge de Bourbon Infanterie portée sur le Tableau de 1744 avec le comte de La Tour du Pin du manuscrit de Quimper (voir notes 20 et 21).